Mesdames et Messieurs les Maires,
Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour dire à l’Etat, notre partenaire, et certainement pas notre supérieur, que nous n’admettons plus son double langage.
D’un côté, on appelle sans cesse les collectivités pour couvrir la retraite des services de l’Etat, qui s’apparente à une véritable Bérézina.
- On nous dit par exemple : l’armée quitte Francazal, c’est le problème des collectivités locales !
- Lorsque les postes ferment, ce sont les mairies qui doivent reprendre le service postal, partout en Haute-Garonne.
- Quand la récession s’installe, ce sont l’ensemble des collectivités qui sont priées de contribuer à la relance économique.
- Quand l’exclusion s’aggrave, ce sont les CCAS et le Conseil Général qui doivent en assumer les conséquences.
L’Etat réduit sans cesse ses services déconcentrés, ne conserve plus de moyen d’action sur le terrain : on le voit avec la gestion si aléatoire de la Grippe A, qui montre dans quel état de désorganisation on a mené l’appareil d’Etat.
Vous ne trouverez pas une responsabilité de l’Etat qui ne donne pas lieu à un cofinancement, parfois majoritaire, des collectivités. Songeons au TGV, à l’Enseignement Supérieur, au logement étudiant, songeons aux routes essentielles : de la rocade toulousaine à la déviation, demain, de Saint-Béat.
Oui mes amis et collègues, nous sommes de plus en plus les pompiers d’un Etat livré à la déroute financière et au reflux général. Cela est vrai pour la commune, comme pour le département et la région.
Et c’est pourtant à ce moment là que l’on veut imposer une réforme si bancale, qui au lieu de nous aider à tenir notre rôle, vient compliquer notre tâche comme jamais.
Une réforme fondée sur une critique injuste, infondée, des collectivités et en même temps des élus. Car enfin, si le gouvernement se donne l’ambition de diminuer drastiquement le nombre d’élus, c’est non seulement qu’il pense que les élus coûtent chers, ce qui est absolument faux, mais en plus qu’ils sont inutiles !
- Vous sentez-vous inutiles quand vous essayez de développer des équipements ?
- Vous sentez-vous inutiles, quand l’Etat vous sollicite pour gérer toutes les urgences ?
- Vous sentez-vous improductif, quand vous travaillez pour faire sortir des logements de terre, pour bâtir une zone d’implantation économique, pour permettre à des milliers d’associations de faire vivre vos communes ?
Nous sommes, élus des collectivités dans leur ensemble, des représentants du peuple. Nous exerçons des responsabilités en son nom. Bien souvent, nous le faisons correctement, à moins que l’on ne nous démontre le contraire !
Nous gérons des collectivités responsables, et donc libres. Nous ne voulons pas être transformées en exécutants, en gestionnaires d’une pénurie financière organisée. Nous ne voulons pas que l’impôt républicain, qu’il est notre honneur de fixer, soit transformé en obole, remise en cause chaque année.
Et c’est pourquoi nous défendons l’esprit même de la décentralisation, qui est la liberté d’un territoire de se construire, de choisir son propre destin.
Le temps où la France se dessinait depuis un bureau parisien est révolu depuis trente ans. C’est un modèle qui n’a plus rien de valable dans le monde d’aujourd’hui. En Haute-Garonne, vous avez besoin que le Conseil Général soit libre d’agir pour vous aider à accueillir de nouveaux habitants. Vous n’avez certainement pas besoin d’un département et d’une région figés par des lois bureaucratiques !
Nous réclamons ici le droit d’agir librement au niveau local. Et d’abord pour défendre l’emploi. Mais comment imaginer une politique de développement économique digne de ce nom, quand on s’évertue à couper tous les liens entre les entreprises et leur territoire, avec la suppression de la Taxe Professionnelle ?
Les défenseurs de la réforme nous répondront, que les collectivités doivent prendre leur part dans le désendettement national, qu’elles doivent mieux se gérer…
N’ayons pas peur de dire que c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Qui aujourd’hui, affiche un déficit de 115 milliards d’euros, et une dette de 1140 milliards d’euros ? C’est bien l’Etat !
La dette des collectivités, toutes confondues, c’est à peine plus de 100 milliards. Je le répète : 100 milliards de notre côté, 1140 du côté de l’Etat !
La balance est fort déséquilibrée : d’autant plus que, dans vos communes, vous empruntez pour bâtir des équipements, des routes. L’Etat, lui, emprunte pour fonctionner.
Nous n’avons donc aucune leçon de gestion à recevoir. Chacun d’entre vous, ici, vote tous les ans un budget sans déficit, ce que l’Etat est incapable de faire depuis des décennies.
Mes chers amis, nous devons croire à la force de la démocratie. Le parlement est, dans les textes, libre de ses votes. Il sera d’autant plus conscient de sa liberté que nous élèverons la voix pour lui demander d’en faire usage…
Heureusement, nous vivons dans un Etat de droit, et nous avons un Conseil Constitutionnel… Et dans notre Constitution, nous pouvons lire, je cite, que les « collectivités territoriales s’administrent librement ». Cette réforme aura bien du mal à contourner certains principes, sagement gravés dans la règle constitutionnelle.
Le débat n’est donc pas clos. Ce que la représentation du peuple fait, elle peut le défaire.
Continuons ensemble à défendre l’intégrité des collectivités locales !
Pierre Izard
Président du Conseil Général de la Haute-Garonne