Interview de Gregory Porter

A l'occasion de son passage en France, Gregory Porter, auteur-compositeur-interprète de jazz, s'est prêté au jeu de l'interview.

« Je suis un éternel optimiste »

Nous aurions pu ne jamais vous entendre chanter si vous aviez continué votre carrière de footballeur américain… Que s’est-il passé ?

En effet, j’ai dû arrêter de jouer car je me suis disloqué l’épaule droite lorsque j’avais 20 ans. Mais en y réfléchissant bien, je rêvais autant de devenir joueur professionnel que de devenir chanteur de jazz…

Justement, comment la musique est-elle venue à vous ?

La musique, c’était mon premier amour quand j’étais enfant. J’ai toujours beaucoup chanté, notamment dans des chorales de gospel, puis pour des mariages, lors de fêtes nationales... Ma mère m’a toujours dit de ne pas laisser tomber, et m’a encouragée dans cette voix. Je n’avais pas de groupe, ni ne savais vers où je voulais aller. Mais l’envie de chanter ne m’a jamais quitté.

On vous compare souvent à des grands noms comme Nat King Cole, Marvin Gaye ou Franck Sinatra. Qu’est-ce que cela vous inspire…

C’est vraiment extraordinaire, car ce sont des personnes extraordinaires. Mais je dois avouer que je n’écoute pas beaucoup ces comparaisons, même si ça me touche. L’important pour moi est de comprendre qui je suis, et de donner le meilleur de moi-même. Car la musique n’est pas une compétition, je ne pense pas vraiment pouvoir me hisser à la grandeur d’un Nat King Cole, Sammy Davis Jr, Donny Hathaway ou Marvin Gaye… Je crois qu’on peut toujours faire mieux.

Vous avez longtemps joué dans des petits pubs new-yorkais avant de tourner dans les plus grandes salles du monde entier aujourd’hui… Est-ce que la vie de « rock star » ressemble à ce que vous imaginiez ?

Ce qui me fascine dans cette nouvelle vie, ce sont les opportunités que j’ai et j’en suis émerveillé tous les jours ! Prendre un verre avec Christian McBride, par exemple, qui a envie d’écouter ma musique qui parle de ma vie personnelle, c’est juste incroyable ! Les gens que je rencontre – de Rod Stewart à Chick Corea en passant par Stevie Wonder – sont des personnes que j’ai toujours admirées, et aujourd’hui, je me retrouve assis à la même table, à parler de choses et d’autres ! C’est vraiment extraordinaire !

Entre jazz, soul, blues, électro ou pop… quel type de musique vous décrit le mieux ?

Je suis avant tout un chanteur de jazz, mais avec des influences de soul, de blues ou de gospel. Je pense d’ailleurs que ces musiques viennent du même univers, de la même famille. De Nina Simone à Aretha Franklin, il n’y a qu’un pas !

Dans votre dernier album, Take me to the alley, vous n’hésitez pas à vous dévoiler davantage, en parlant de votre famille…

C’est vrai. Pour moi, la musique est comme une thérapie. Je l’utilise comme un moyen d’évacuer mes sentiments, mes peurs, mes pensées ; un peu comme si ça me permettait de prendre du recul par rapport à ma propre vie.

Certaines de vos chansons sont par ailleurs engagées, notamment contre le racisme et l’injustice. Vous semblez vouloir transmettre un message humaniste et optimiste…

Je suis un éternel optimiste. Je crois sincèrement que tout ira bien. Si nous traversons actuellement une période tourmentée, je suis persuadée que d’ici quelques années, nous allons découvrir qui nous sommes vraiment. Et j’espère que nous montrerons que nous sommes des gens généreux, ouverts d’esprit… C’est le message que j’ai envie de délivrer en tous cas. J’aime bien écrire sur la beauté des fleurs et de la nature, mais je crois qu’un artiste a aussi un rôle à jouer dans la réflexion du monde qui nous entoure.

Il paraît que vous aimez le fromage et le vin… Qu’est-ce que vous aimez en France ?

J’adore la culture française ! Bien sûr, je n’en aperçois qu’une partie un peu tronquée, lors de festivals où je suis invitée. Mais je vois bien que la culture - à travers le monde artistique, les petits théâtres ou encore la bonne chair – se retrouve un peu partout en France. Le public français est très ouvert aux autres, et ça se ressent dans la musique puisque je suis ici !

Bio express

1971 : naissance à Sacramento, en Californie
2010 : sortie de son 1e album What else ?
2014 : Liquid spirit remporte le Grammy award du meilleur album de jazz
2016 : sortie de son 4e album Take me to the alley (Blue note).

Gregory Porter en concert au festival Jazz sur son 31 le samedi 22 octobre 2016 à la Halle aux grains de Toulouse.
Retransmission sur France Musique le 24 octobre 2016 dès 18 heures.
Plus d'information sur le site du festival

Photo : Aurélien Ferreira