Georges Méric : «L’action sociale, c’est l’ADN de notre institution»

Interview de Georges Méric, Président du Conseil départemental de la Haute-Garonne.

Vous avez été maire de Nailloux ainsi que Conseiller départemental, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la politique ?
C’est d’abord le souci des autres. Si j’ai souhaité m’investir en politique relativement tôt, je ne l’ai pas fait au détriment de mon activité professionnelle, bien au contraire, puisque mon choix de devenir médecin témoignait déjà de ma volonté d’aider les autres. La deuxième raison qui a motivé mon choix, c’est la conviction que l’on peut encore changer les choses et améliorer la vie de nos concitoyens.

Vous avez été élu président du Conseil départemental de la Haute-Garonne le 2 avril dernier. Est-ce un rêve qui se réalise ?
On ne rêve pas de devenir président du Conseil départemental ! Je me suis très tôt engagé avec la volonté de servir le mieux possible les concitoyens qui m’avaient élu. Si je n’ai jamais souhaité avoir de mandats électoraux nationaux, c’est bien parce que ce qui m’intéresse, c’est avant tout ce territoire haut-garonnais. Aujourd’hui, ce n’est pas tant un rêve qui se réalise mais ma capacité de servir encore mieux mes concitoyens. Je ne souhaite rien changer de ce qui constitue le terreau de mon engagement, c’est-à-dire la proximité et l’amélioration du quotidien. Pas de grands discours donc, mais des actions concrètes au service des citoyens, pour améliorer leur vie, mais aussi celle des générations futures. C’est bien cela faire de la politique, c’est penser le monde de demain, au service des générations à venir.

Dans votre discours d’investiture, vous avez rendu hommage à votre prédécesseur, Pierre Izard… 
Je me reconnais en effet dans son action politique. Ce département a été géré en ayant deux objectifs principaux : conserver une solidarité territoriale et une solidarité envers les personnes. Ces deux lignes directrices correspondent pleinement à mon engagement.

Comment souhaitez-vous, à votre tour, marquer votre passage au Conseil départemental ?
Ce qui guide mon engagement public et personnel, c’est la collégialité. D’abord au sein de mon équipe. Je veux que les élus soient en responsabilité et qu’ils puissent porter des projets, parce que la mutualisation des intelligences est source d’une action plus efficace pour nos concitoyens. Ensuite, c’est le partage des décisions avec les Haut-Garonnaises et les Haut-Garonnais. Je veux que nous arrivions à créer un dialogue avec nos concitoyens. Nous allons donc lancer rapidement une grande consultation par le biais d’internet afin que nous définissions ensemble ce qui constituera le nouveau modèle de partage de la décision publique. Je veux que les citoyens de notre département puissent être davantage associés aux décisions publiques. Notre société évolue et il y a aujourd’hui une forte volonté des citoyens de s’impliquer. C’est notre devoir que d’accéder à cette demande.

Vous avez présenté, dès votre prise de fonction, un projet ambitieux pour la Haute-Garonne porté sur quatre priorités. Quelles sont-elles ?
Nos quatre priorités sont : l’action sociale, la solidarité territoriale, l’éducation et la qualité de vie.

L’action sociale, c’est le véritable ADN de notre département. À l’heure où les Français subissent une crise importante, nous avons le devoir d’aider ceux qui en ont le plus besoin. Je pense plus particulièrement aux personnes qui bénéficient du RSA, aux personnes âgées et aux personnes handicapées. Mais également aux classes moyennes qui se sentent si souvent oubliées dans les politiques publiques.

Nous souhaitons que la solidarité soit aussi territoriale. À ce titre, nous voulons inventer une relation nouvelle entre les territoires et le Conseil départemental. L’objectif est de créer un pacte de confiance via des contrats de territoires avec les maires ou les présidents de communautés de communes. Notre volonté est de donner une capacité prospective à ces élus en leur disant : « sur les prochaines années, voilà sur quoi et comment nous allons contractualiser avec le Département ».

La priorité des priorités, c’est l’éducation. Parce que s’intéresser à ce qui constitue la page non encore écrite de notre histoire commune, c’est le devoir de tout responsable politique. Nous allons par exemple poursuivre notre action dans les collèges pour faire en sorte qu’ils soient à la pointe en matière de nouvelles technologies. Je veux que la Haute-Garonne soit pionnière dans ce domaine. Nous allons aussi maintenir la gratuité dans les transports scolaires. Faire de l’éducation une priorité, c’est permettre à chacun de pouvoir se rendre à l’école sans difficultés et sans discrimination. La gratuité des transports scolaires est un choix politique fort, qui permet aux familles haut-garonnaises d’économiser plus de 600 euros par an par enfant transporté !

Enfin, la question de la qualité de vie et de la préservation de l’environnement est au cœur de notre action. Notre terre ne nous appartient pas et nous avons le devoir de faire de la Haute-Garonne un département pionnier et exemplaire en matière de développement durable.

On reproche souvent aux hommes politiques de ne pas transformer leurs paroles en actes. Quelles seront vos premières actions concrètes ?
S’il est ambitieux, notre projet est avant tout concret. Nous allons engager très vite de nombreuses actions à la fois concrètes et innovantes. Parmi elles, le Schéma Directeur d’Aménagement Numérique (SDAN). Il est inacceptable qu’à l’heure actuelle, dans notre département, il continue d’y avoir des zones blanches, où le haut-débit n’est pas accessible. Mon objectif est de changer la réalité d’ici cinq ans. C’est un plan très ambitieux, et qui envoie un message à ceux qui vivent en dehors des pôles de centralité en leur disant que le Département est à leurs côtés. Avoir accès au numérique, c’est avoir accès à un certain nombre de services, mais c’est aussi permettre le développement économique des territoires.

Nous allons également créer un parcours citoyen et laïque pour transmettre les valeurs de la citoyenneté aux collégiens. Par le biais de conférences, de visites au Musée départemental de la Résistance et de la Déportation ou encore de tables rondes, nous allons créer un parcours inédit en partenariat avec l’Éducation Nationale, les fédérations d’éducation populaire et les parents d’élèves. Ainsi, nous ferons du Département un acteur de coéducation.

Enfin, en matière de développement durable, nous allons créer des guichets uniques autour de la question de rénovation énergétique de l’habitat. Il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs qui aident les ménages à diminuer leurs factures énergétiques, nombre d’entre eux sont perdus au milieu de cette kyrielle d’aides. C’est pour cette raison que nous allons créer, en lien avec les territoires, des lieux dédiés pour que les citoyens bénéficient de conseils concrets afin d’améliorer la performance énergétique de leur habitation et donc diminuer leur facture énergétique.

La Haute-Garonne est un territoire atypique avec une grande métropole, et des zones très rurales. Comment trouver un juste équilibre ?
Cette singularité haut-garonnaise est une chance extraordinaire pour notre département. La métropole toulousaine est une chance,car elle est pourvoyeuse d’emplois, de richesse, à condition que nous arrivions à maintenir une forme de solidarité territoriale. L’objectif du Conseil départemental est justement de s’assurer que le développement de la métropole toulousaine ne se fasse pas au détriment d’autres territoires haut-garonnais.

Vous vous êtes d’ailleurs prononcé en faveur du prolongement de la ligne B du métro à Labège...
C’est en effet pour nous une question fondamentale. Parce que de très nombreux Haut-Garonnais travaillent à Labège, et que leur qualité de vie ne cesse de se détériorer depuis plusieurs années tant les embouteillages pour se rendre sur leur lieu de travail ne cessent de croître. Le prolongement de la ligne B du métro vers Labège est un projet crédible, financé, et de court terme puisque nous pourrions espérer son arrivée dès 2021. C’est un projet essentiel pour le Sud-Est Toulousain et pour l’ensemble de l’agglomération.

Les compétences du Conseil départemental sont souvent méconnues. Comment faire pour améliorer la connaissance de vos actions ?
Pour que les haut-garonnais connaissent les compétences départementales, nous devons en première lieu faire la preuve de leur efficacité. C’est ce que nous faisons, par exemples, quand nous améliorons les transports publics ou que nous finançons la gratuité des transports scolaires. Mais nous devons aujourd’hui porter nos actions dans la perspective d’un débat innovant avec les Haut-Garonnais. Dialoguer, discuter, échanger, c’est faire connaître notre institution, c’est faire partager la force et l’efficacité qui sont les siennes, et c’est arriver à créer un lien nouveau avec la population. C’est pour cela que nous allons mener une grande consultation avec les citoyens, et que nous développerons de nouveaux outils, principalement axés autour de la communication digitale.

Alors que la réforme territoriale est engagée par le gouvernement, comment voyez-vous l’évolution du Département ?
Je suis avec beaucoup d’attention l’élaboration de la loi NoTRE. Je suis favorable à une clarification des compétences qu’appellent nos concitoyens de leurs vœux. Je suis disposé à des évolutions. Néanmoins, ces évolutions ne sauraient se faire au détriment du Département. Je resterai particulièrement vigilant afin que le Département puisse continuer à remplir les missions qui sont les siennes. Lors des dernières élections départementales, les concitoyens ont envoyé un message pour dire qu’ils avaient envie de voir se poursuivre la politique menée par le Conseil départemental. Son évolution, oui. Son démantèlement, certainement pas. Vous pouvez compter sur ma détermination et mon engagement pour faire en sorte que le Conseil départemental puisse continuer d’agir au quotidien au service des Haut-Garonnais.

L'interview est publiée ici dans sa version intégrale.
Une version plus courte est disponible dans Haute-Garonne magazine, numéro 133 (PDF 6Mo).