Ils s’appellent Laure, Julien, Florine, Samuel, Marie ou Jordan. Ils sont 16, lauréats du concours de la résistance et de la déportation, qui à l’initiative du Conseil Général, ont participé du 20 au 28 août à un voyage de mémoire qui leur a permis de découvrir les camps nazis de Buchenwald, Dora, Ellrich et Harzungen. Cette rencontre avec l’Histoire a pris pour eux tout son sens grâce à Robert Carrière et Guy Marty, résistants déportés, qui ont accepté de revenir sur les lieux de leurs souffrances, pour raconter, expliquer et transmettre la réalité de l’horreur des camps de concentration nazis pour leur faire prendre conscience du prix de la Liberté.
Trois jours entiers ont été consacrés à ces lieux d’histoire et de mémoire en Allemagne. Ils ont été complétés en France par la visite de la nécropole de la Première armée française en Alsace, à Sigolsheim, ou Marcel Granier, président du Conseil Départemental de la Résistance, a rendu un bel hommage à ses copains de maquis, engagés comme lui dans l’armée française reconstituée, et tombés en Alsace pour la Libération de notre pays. Il y eut, enfin, la découverte de la maison d’Izieu, symbole dans notre pays des enfants juifs pourchassés et assassinés par la barbarie nazie.
Autant de temps de visite qui ont permis à tous les jeunes présents ont commencé à découvrir et à comprendre ce que les livres ne pourront jamais dire, ce que les films ne pourront pas montrer. C’est d’abord l’émotion brute des aînés que l’on retient, eux qui reviennent dans ces lieux, et qui, malgré toute l’affection qui leur est témoignée, restent seuls pour affronter le souvenir de leurs souffrances jamais oubliées. Pour tous les participants au voyage, ces moments restent et resteront gravés comme autant de leçons de dignité humaine, délivrées par des gens dont la modestie immense est à l’image de leur courage.
Mais il y a une chose, plus importante encore, que chacune et chacun aura retenu. C’est la force incroyable de nos aînés, cette force qui les anime encore aujourd’hui et leur permet soixante-cinq ans après, de poursuivre encore et toujours leur œuvre de mémoire en portant témoignage. Ce fut le cas de Robert Carrière à Dora, qui a su surmonter son émotion pour évoquer l’enfer de cette usine souterraine et de son camp sur la colline, afin de rendre hommage à ses camarades disparus. Ce fut le cas de Guy Marty, submergé par ses souvenirs à Ellrich au moment du dépôt de gerbe et de la minute de silence, mais qui, aidé et entouré par tous les jeunes a su trouver la force nécessaire pour expliquer avec des mots très simples et très forts sa vie de détenu concentrationnaire.
Car c’est bien grâce à l’attention permanente des jeunes, accompagnés notamment par Marie-Christine Lafforgue et Claude Calestroupat, vice-présidents du Conseil Général, grâce aussi à leur attitude remarquable, à leur sérieux et leur implication tout au long de ce voyage de mémoire, que les déportés ont su trouver les mots pour transmettre pleinement. Et quand les mots manquaient ou étaient impossibles, les regards prenaient le relais.
Et ce relais, fondé sur le partage de ces moments-là, à la fois d’émotion, d’histoire et de mémoire, est déjà en marche. Ces jeunes ont pris conscience de leurs nouvelles responsabilités, à commencer par s’impliquer dans la transmission pour en devenir maintenant un maillon actif. C’est à eux qu’il revient maintenant de transmettre et de restituer à leur tour et à leur manière, auprès de leur famille, amis et proches, tout ce que ce voyage a pu leur apporter.
Ce voyage, voulu et financé par le Conseil Général de la Haute-Garonne ne doit pas être pour eux une fin, mais bien un point de départ. Il s’inscrit comme une étape essentielle dans la construction de leur citoyenneté. Parce que permettre aux nouvelles générations de connaître et comprendre le passé, c’est leur donner les moyens de construire l’avenir.