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Colloque « La liberté des semences paysannes pour se nourrir demain »

Les semences paysannes au secours de la biodiversité cultivée

Le 4 octobre dernier, 200 personnes, parmi lesquels des agriculteurs, des élus et des acteurs du monde associatif, ont participé au colloque « La liberté des semences paysannes pour se nourrir demain » organisé au pavillon République, au sein du Conseil départemental de la Haute-Garonne.  Une matinée riche qui a permis à chacun de saisir les enjeux qui sous-tendent la préservation de la biodiversité dans nos champs.

Selon les estimations de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO), 90% des variétés de plantes cultivées ont disparu des champs en un siècle. Cette érosion de la biodiversité a de quoi inquiéter : sans elle, comment relever les défis auxquels nous sommes confrontés ? Comment faire face au réchauffement climatique et à la nécessité de nourrir 10 milliards d’êtres humains à l’horizon 2050 ? La restauration de la biodiversité cultivée est une necessité pour pouvoir assurer demain la survie de l'humain, enjeu vital auquel pourraient répondre en partie les semences paysannes (prélevées directement par les agriculteurs dans leurs récoltes afin de les replanter, en opposition aux « semences de fermes », produites par les semenciers), et leur large réservoir génétique, susceptible de s'adapter au changement. Conscient de son rôle d’éveilleur de consciences, le Conseil départemental a ainsi accueilli le 4 octobre dernier un colloque dédié à ces enjeux. « Ce colloque est essentiel pour l’avenir de l’humanité mais, au-delà, pour celui de notre planète dont les fragiles équilibres sont aujourd’hui en péril », a indiqué en préambule le président Georges Méric, avant de rappeler les différents leviers actionnés (conseil en agro-écologie, développement de filières locales, soutien aux pratiques innovantes de lutte biologique…) par le Conseil départemental pour le développement d’un modèle agricole durable, auquel il consacre 2 millions d’euros chaque année. « La richesse de la biodiversité cultivée représente un atout indispensable qu’il nous appartient d’encourager et de soutenir, dans l’intérêt des populations d’aujourd’hui et des générations futures », a-t-il ajouté.

"Le consommateur doit s'emparer du sujet"

C’est ensuite le biologiste Marc-André Sélosse, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle et auteur du best-seller « Jamais seul » (éd. Actes Sud), qui a pris la parole pour un rappel historique. Objectif : faire prendre conscience à son auditoire du « lent processus d’érosion de la diversité », qui a commencé il y a plus de 10 000 ans, lorsque nous avons commencé à domestiquer les plantes et à les sélectionner. « A l’origine, la sélection se faisait par les paysans eux-mêmes, puis c’est devenu une affaire de spécialistes avec la spécialisation de certaines exploitations dans la production de graines, a-t-il rappelé. Tous ont fait des erreurs et au final, nous avons perdu énormément de diversité. » Selon lui, les « semences paysannes sont aujourd’hui l’un des réservoirs de diversité qui vont permettre de s’opposer à ce processus d’érosion et permettre de trouver des solutions aux problèmes climatiques ou encore à l’apparition de nouveaux pathogènes. » Mais pas question pour autant de renvoyer dos à dos paysans et semenciers. « Ils sont complémentaires. Les semenciers ont un savoir-faire génétique, une opérabilité, sur lesquelles il faut s’appuyer. La solution viendra dans la synthèse. » Sans oublier un troisième acteur essentiel : le consommateur. « Il doit s’emparer de ces questions, dire ce qu’il veut acheter, et quelle législation il souhaite pour demain. »

"Des perspectives interessantes pour la biodiversité agricole"

Pour le moment, la circulation des semences paysannes non inscrites au catalogue officiel des variétés, est très contrainte. En France, seuls les échanges gratuits sont clairement autorisés par les textes. Mais à l’échelle européenne la situation est sur le point de changer, comme est venu l’expliquer en deuxième partie de matinée Hannes Martin Lorenzen, conseiller principal auprès de la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement Européen. « Avec le nouveau règlement pour l’agriculture biologique, adopté par les députés européens en 2018, et qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021, les agriculteurs bio vont être autorisés à utiliser et vendre les semences issues de leurs propres productions », a-t-il indiqué. Autrement dit, chaque paysan en bio sera libre de développer ses propres variétés et de les mettre sur le marché. « Cela ouvre des perspectives intéressantes pour la biodiversité agricole », s’est félicité Hannes Martin Lorenzen, appelant également de son côté les citoyens français à agir, en soutenant notamment les élus qui tentent de faire autoriser la vente des semences non repertoriées aux particuliers dans l’Hexagone.

 

Page publiée le 08 octobre 2019 - vérifiée le 08 octobre 2019