L'eau, un bien à préserver

[Dossier]

Conscient de l’urgence à agir pour s’adapter au changement climatique, le Conseil départemental a fait du développement durable une de ses priorités. La préservation des ressources en eau en est l’un des axes forts.

Si le réchauffement climatique se passe à l’échelle de la planète, ses conséquences sont pourtant bien locales et ont d’ores et déjà un impact sur notre quotidien. Dans le domaine de l’eau, par exemple, si nous n’opérons pas de changement sur nos modes de gestion et de consommation, la qualité et la quantité d’eau qui coule de nos robinets seront probablement affectées dans les prochaines années. Des solutions existent, et elles sont multiples. Certaines comme l’amélioration de la gestion des ressources en eau, l’entretien des réseaux ou encore la préservation des zones humides sont déjà mises en place. Pour aller plus loin et mieux coordonner ces actions dans le cadre d’un projet global et coopératif, le Conseil départemental a décidé de prendre ses responsabilités. Comment ? En animant un véritable projet à l’échelle de notre territoire, et en rassemblant tous les acteurs concernés par la question de l’eau. Ce dossier vous permet de mieux comprendre la démarche engagée, et les premières actions déjà mises en place.

 

L'eau, une ressource vitale... mais fragile

Pour éviter que la Garonne ne soit totalement à sec en été, pas moins de 52 millions de m3 d’eau sont stockés chaque hiver, principalement dans quatre lacs d’altitude situés en Ariège. Mais l’été dernier ayant été particulièrement chaud, plus de la moitié du stock avait déjà été épuisée début septembre pour ce que l’on appelle le soutien d’étiage, c’est-à-dire le fait d’augmenter le débit d’un cours d’eau en période sèche. Et la situation ne devrait pas s’améliorer.
Selon les scientifiques*, les températures devraient continuer à augmenter dans le Sud-Ouest, de l’ordre de +1,5 °C à +2,8 °C d’ici à 2050, avec notamment pour conséquence une diminution des débits des cours d’eau d’environ 20 à 25 %, et jusqu’à 50 % en période d’étiage.
« Si nous n’agissons pas dès maintenant, alors même que notre département accueille pas moins de 15 000 nouveaux habitants chaque année, le manque d’eau deviendra le premier frein au développement de notre territoire », prévient Jean-Michel Fabre, vice-président en charge du développement durable et du plan climat.

 

Le réchauffement climatique n’est plus à démontrer, et il est aujourd’hui devenu urgent d’agir pour limiter ses impacts sur notre planète. Antoinede Saint-Exupéry disait : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.» C’est dans cet état d’esprit que le Conseil départemental prend ses responsabilités avec la mise en place d'un espace de dialogue et de concertation autour de la question de la gestion de nos ressources en eau. Oui, le sujet est épineux. Oui, il y a eu des ratés dans le passé. Mais l’eau, c’est la vie des humains, des animaux et des végétaux. C’est un bien public et il est de notre devoir de trouver des solutions efficaces et crédibles pour les années à venir. Car si nous n’avançons pas, ce sont les générations futures qui en souffriront.

GEORGES MÉRIC, Président du Conseil départemental de la Haute-Garonne

 

Vers un projet de territoire

La gestion des ressources en eau est une priorité, et fera même l’objet d’un véritable projet de territoire, en concertation avec tous les acteurs concernés (l’État, l’agence de l’eau Adour-Garonne, les Départements limitrophes, etc.), et piloté par le Conseil départemental. Ce dernier mène en effet déjà de nombreuses actions pour protéger nos ressources.
Via le Syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (Smeag), par exemple, le Département participe au soutien des débits des cours d’eau en période d’étiage pour limiter au maximum les effets de la sécheresse. « Nous sommes également très impliqués, en lien avec les Départements voisins, dans la gestion de nos "châteaux d’eau", que ce soit les barrages comme celui de Montbel en Ariège ou dans la Montagne Noire, ajoute Jean-Michel Fabre. Cela se sait peu, mais sans cette mobilisation, les restrictions d'usage que l'on a pu observer ponctuellement cet été seraient notre quotidien. »
Un Schéma départemental d’alimentation en eau potable est lancé jusqu'à mi-2018 pour sécuriser la desserte en eau, à la fois d’un point de vue qualitatif mais aussi quantitatif. Le Conseil départemental investit en effet massivement pour la création, l’entretien et le suivi des réseaux d’eau et d’assainissement. En 2017, une enveloppe de 5 millions d’euros a ainsi été accordée pour aider les communes et syndicats à réduire les fuites d’eau et, de cette façon, éviter le gaspillage.
Dans un autre registre, afin d’améliorer la connaissance des milieux aquatiques, le Département vient de réaliser un inventaire des zones humides. Ces terres imprégnées ou recouvertes d’eau, comme les tourbières, jouent un rôle essentiel à la fois de préservation des ressources mais aussi de la biodiversité. Enfin, dans le domaine de l’agriculture, le Conseil départemental joue un rôle proactif pour accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus écologiques. « Nous devons aller encore plus loin, associer tous les acteurs et actionner tous les leviers possibles car nous avons tous besoin d’eau, conclut Jean-Michel Fabre. Le Département prend ses responsabilités en lançant ce projet de territoire, mais ce sujet de société est bien l’affaire et l’intérêt de tous ! ».

* Source : étude Garonne 2050 menée par le Comité de bassin Adour-Garonne.

 

Mieux connaître et gérer nos ressources en eau

 

MARIE CAZES, directrice adjointe régie intercommunale de l'eau et de l'assainissement Cazères-Couladère

Avant 2011, les analyses menées à la station de captage d’eau potable de Cap Blanc ont montré occasionnellement des dépassements de valeurs en nitrates et en pesticides. Cela a conduit à la mise en oeuvre d’un plan d’action territorial, subventionné par l’agence de l’eau Adour-Garonne, pour améliorer la qualité de l’eau de la nappe souterraine. En partenariat avec la Chambre d’agriculture, le Conseil départemental et Erables 31, nous avons notamment mis en place un accompagnement des agriculteurs pour les conseiller et les orienter vers un changement de pratiques. Avec Arbres et Paysages d’Autan, nous avons en outre sensibilisé les particuliers à cette problématique à travers différentes campagnes de communication (jardinage sans pesticide, plantation de haies champêtres) et des interventions dans les écoles, les festivals, etc. Cela a porté ses fruits : rapidement, nous avons réussi à retrouver une qualité d’eau convenable. Et ce n’est pas fini ! Nous sommes aujourd’hui en train d’acquérir les terrains à proximité immédiate de la station d’eau pour y développer une agriculture sans intrant, et nous cherchons par ailleurs les moyens d’accompagner financièrement les agriculteurs dans leurs démarches pour changer radicalement leur façon de produire et pérenniser une eau souterraine de bonne qualité.

 

 

 

VINCENT RIBOT, chargé de mission à la Direction de l’écologie et du développement durable au Conseil départemental

Depuis 2014, le Conseil départemental assure, en collaboration avec le Laboratoire départemental Eau Vétérinaire Air et avec l’appui financier de l’agence de l’eau Adour-Garonne, un suivi de la qualité de l’eau des rivières, nappes, sources et plans d’eau du territoire.
Chaque année, nous réalisons entre deux et huit prélèvements sur une cinquantaine de points de contrôle. Les informations recueillies nous permettent d’affiner notre connaissance de la ressource en eau et de l’évolution de sa qualité (taux d’oxygène, de nutriments mais aussi de micropolluants), tout en orientant les actions menées par le Conseil départemental. Cette connaissance est stratégique : l’eau en quantité et en qualité est indispensable à de nombreux usages et au bon état de notre cadre de vie. Cela nous permet également de mieux appréhender les conséquences du changement climatique. En effet, à l’heure actuelle, la Garonne et ses affluents apportent plus de 90 % de l’eau potable consommée par les Haut-Garonnais-e-s. Mais à moyen terme, compte tenu du réchauffement climatique, le débit de nos rivières va considérablement diminuer l’été. Le captage des eaux souterraines pourrait alors redevenir intéressant pour la production d’eau potable. D’où la nécessité de bien connaître ses ressources.

 

 

 

MICHELE JUND, coordinatrice du pôle eau et zones humides auprès de l'association Nature Midi-Pyrénées

Les scientifiques n’ont pris conscience de l’intérêt des zones humides qu’à la fin du XXe siècle. Avant cela, depuis le Moyen-Âge, on n’a cessé d’assécher ces espaces de transition entre l’eau et la terre, que l’on jugeait insalubres, pour les besoins des activités humaines.
Aujourd’hui, les zones humides alluviales, les prairies humides, les mares, les étangs ou encore les tourbières représentent à peine 1 % du territoire de la Haute-Garonne. Il faut à tout prix les préserver car ces milieux ont trois fonctions essentielles. En tant qu’éponges, ils diminuent l’impact des crues au printemps en captant l’eau, puis ils évitent l’assèchement des cours d’eau en période de sécheresse, en redistribuant progressivement cette eau pendant l’été. Ce sont aussi des « reins » qui nettoient l’eau et nous permettent ainsi d’avoir des ressources en eau de bonne qualité. Enfin, ce sont de grands réservoirs de biodiversité : de nombreuses espèces y trouvent refuge. Autant de fonctions qui seront d’autant plus indispensables dans un contexte de réchauffement climatique, pour faire face aux phénomènes extrêmes (crue, canicule) auxquels il faut s’attendre.

 

 

 

Photos : Loic Bel, Aurélien Ferreira

Reportage

Le Canal de Saint-Martory, ou la gestion dynamique de ressources existantes

 

 

Initialement construit à des fins agricoles et de transport entre 1866 et 1876, ce canal qui relie Saint-Martory à Toulouse est un vecteur d’eau primordial pour l’économie d’une grande partie du département. Le Conseil départemental met aujourd’hui en oeuvre une gestion dynamique de l’ouvrage, dont il est propriétaire, afin d’optimiser ses multiples usages.

Le canal de Saint-Martory court sur environ 70 kilomètres avec une prise d’eau unique sur la Garonne, à Saint-Martory. Yann Oudard, directeur adjoint de Réseau31 (le syndicat mixte de l’eau et de l’assainissement qui gère le canal pour le compte de la Haute-Garonne) Il y a une difficulté à jongler entre les différents usages de ce canal, qui sert pour l’irrigation, les usines d’eau potable, le soutien d’étiage mais aussi pour l’hydroélectricité, l’alimentation de retenues et lacs, l’arrosage domestique et la défense incendie… » Une réflexion a donc été engagée sur l’optimisation du transport et de la distribution de l’eau afin d’économiser cette ressource.

 

Une gestion moderne

Une gestion innovante du canal de Saint-Martory préserve les débits de la Garonne et participe à pallier les conséquences du réchauffement climatique. Cela représente des efforts techniques à hauteur de 2,1 millions d’euros sur cinq ans, qui visent à adapter les prélèvements sur la Garonne aux usages. Ils passent par une modernisation de l’ouvrage via l’installation de sondes de mesures et de stations de régulation pour contrôler et ajuster les prélèvements en temps réel. « D epuis 2014, Réseau31 est l’organisme unique mandaté par l’État pour attribuer les autorisations individuelles de prélèvement », explique Yann Oudard. Enfin, d’ici cinq ans, 12 seuils de type « becs de canard » seront également mis en place afin de diminuer le temps d’adaptation du canal aux changements de débits. En ligne de mire, une réduction de 10 à 20 % de son prélèvement en Garonne, soit environ cinq millions de m3 durant la période estivale. Par ailleurs, chaque année le Département investit 700 000 euros pour améliorer l’étanchéité du canal et réduire les pertes en eau.

 

Vers un effort partagé

« Le Département est un échelon capable d’accorder les décisions de différents interlocuteurs et d’investir sur ces questions-là. À travers Reseau31, il est aussi un acteur majeur de par son positionnement sur le grand cycle de l’eau (cycle naturel) mais aussi sur le petit cycle (cycle domestique) », ajoute Sébastien Vincini, conseiller départemental du canton d'Auterive, président de Réseau31. Le projet Aussonnelle, l’un des cours d’eau les plus dégradés de Haute-Garonne, illustre bien la démarche globale du Conseil départemental : « N ous sommes en train d’acquérir le lac de Sainte-Foy de Peyrolières (alimenté par le canal de Saint-Martory) pour réalimenter l’Aussonnelle. L’idée étant de redonner à ce cours d’eau un débit respectueux de la nature, grâce à des réserves existantes », explique Sébastien Vincini. Le programme est évalué à 1,4 million d’euros (acquisition foncière du lac et travaux de réhabilitation) dont le plan de financement est en cours d’élaboration (entre les conseils départemental et régional, l’agence de l’eau, les irriguants et collectivités bénéficiant du soutien de l’étiage).

 

Les ressources en eau en Haute-Garonne

 

Photo : Aurélien Ferreira / Illustration : Agence OGHAM

Page publiée le 07 novembre 2017 - vérifiée le 07 novembre 2017