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Un berger sans terre en estive en Haute-Garonne

Un jeune berger doublement diplômé, sans terre mais avec une estive et une superbe cabane !

Malgré les intempéries et la pluviométrie excessive du printemps, la plupart des troupeaux transhumants ont rejoint leurs quartiers d’été dans les estives de Haute-Garonne.
 
C'est le cas des 500 brebis de l'estive du Pic du Gar où le jeune berger de 22 ans, Tristan, effectue sa deuxième saison. Sa particularité ? Son cursus de formation et son projet d'installation quasi sans terre (puisqu'il ne disposera que d'environ 6 ha de prairies).
La plupart des troupeaux transhumants ont rejoint en juin leurs quartiers d’été dans les estives de Haute-Garonne. C'était par exemple le 9 juin, sur l'estive de Paloumère et le 15 juin, à Oô, lors de la Sainte-Germaine avec la traditionnelle bénédiction des troupeaux.

A l’estive du Pic du Gar, c'est Tristan qui effectue sa deuxième saison. Il y garde environ 500 brebis appartenant à une dizaine d’éleveurs provenant des 7 communes usagères et des alentours.
 
Tristan a suivi un cursus complet au Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole Ariège-Comminges sur le site de Saint-Girons.
Il a été en BPA (Brevet Professionnel Agricole) Berger-Vacher d’avril à novembre 2016 :
  • 2 mois d’enseignements théoriques et pratiques (connaissances de base en élevage pour la conduite et la surveillance d’un troupeau en alternance entre le centre de formation et l’exploitation transhumante d’un éleveur)
  • un stage en estive de juin à fin septembre sur le Groupement Pastoral de l’Arbizon, dans les Hautes-Pyrénées, au contact d’un berger-tuteur,
  • un retour sur l’exploitation transhumante avec le troupeau pour assister aux débuts de l’agnelage.
Il a pu ensuite bénéficier d’un prolongement de cette formation diplômante de niveau V (lui permettant d’accéder au statut de Berger Vacher salarié), avec une deuxième année d’approfondissements par la réalisation d’un BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d'Exploitation Agricole) lui donnant le statut d’Eleveur Berger Vacher. Ce diplôme de niveau IV offre « la capacité professionnelle », sésame à l’installation et reconnaissance du statut de Berger-Vacher autonome en estive.

C’est lors de cette deuxième année de formation qu’il a été mis en relation avec le Groupement Pastoral du Pic du Gar par les conseillers agro-environnement du Conseil départemental. Ceux-ci accompagnent ce Groupement Pastoral depuis sa création en 2006. Tristan a ainsi pu effectuer un second stage pratique sur cette estive du Gar. Plus jeune, il regardait le Pic du Gar qu'il considère comme sa montagne "fétiche", depuis St Bertrand de Comminges, son village natal.
 
De juin à octobre 2017, cette fois en totale autonomie, bien que sous la responsabilité et le tutorat du Président du Groupement Pastoral, Pascal Brunet, Tristan a travaillé en montagne aux commandes d'un troupeau collectif de 700 brebis.
 
Il faut noter qu'il avait à disposition la superbe cabane pastorale toute neuve, inaugurée le 24 juin 2017, construite avec l'appui technique du Conseil départemental, fruit de "5 années de réflexion dont 3 ans de procédures, de 18 mois de montage en atelier et 4 mois de mise en place sur site", comme le rappelle La DépêcheElle est dotée d’un grand confort (salle d’eau avec douche, toilettes, pièce à vivre avec plan de travail, frigo solaire et poële à bois, chambre à coucher et une réserve). Tristan considère presque cela comme un luxe démesuré ! On est bien loin de l'ancienne cabane de 7m².

Enchantés par la qualité professionnelle et relationnelle de leur jeune berger, les éleveurs du Groupement Pastoral du Pic du Gar ont tenu à garder Tristan et à l’embaucher en tant que Berger confirmé, salarié cette fois pour la saison d’estive 2018.

L'hiver

Mais que fait donc un pâtre en estive durant l’hiver ? C’est bien là une question centrale : celle de la pluriactivité et de la complémentarité des activités selon les saisons.

Tristan souhaite valoriser son BPREA éleveur berger en constituant son propre troupeau de brebis dans l’objectif de s’installer « jeune agriculteur ». Il a déjà réservé une cinquantaine d'agnelles pour l'automne. Au moins dans un premier temps, il serait ce que l’on appelle « un berger sans terre » (ou presque puisqu'il ne disposera que d'environ 6 ha de prairies sur St Bertrand de Comminges qu'il utilisera au printemps et à l'automne), en faisant pâturer en estive l’été et chez un céréalier bio du Gers en hiver. Ce céréalier travaille sans intrant en autofertilité depuis 2004 grâce aux couverts végétaux et aux légumineuses et bientôt aux amendements naturels apportés par les animaux.
 
Adaptation au changement climatique 
 
Cette complémentarité territoriale et agronomique s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’adaptation au changement climatique. Elle est menée au sein de l’Association Agri Valeur « des côteaux secs aux estives Pyrénéennes » reconnue GIEE depuis janvier 2018 et animée par la COPYC Commission Ovine des Pyrénées Centrales.

En effet, les sols des côteaux trop travaillés, trop exploités se détériorent et sont sujets à des phénomènes d’érosion (comme en témoignent tristement les récentes et récurrentes coulées de boues…). L’idée est donc de les remettre en prairies ou de semer des céréales fin août début septembre associées à du trèfle. Comme La France Agricole l'écrivait le 23 mars dernier, ) leur descente des montagnes, les brebis pâturent ces espaces « où la céréale fait environ 20 cm en trois passages jusqu’au stade épis 1 cm. L’apport de leurs crottins comme matière organique chargée de l’azote du tréfle est bénéfique à la céréale. Le déprimage entraîne une augmentation du tallage et un renforcement du système racinaire. De plus, les petits sabots pointus des ovins aérent le sol et ne le tassent pas ce qui permet à l’eau de pluie de s’infiltrer ».
Pour les jeunes bergers, cela peut représenter un tremplin vers une installation en continuant à se former avant de trouver du foncier pour s'établir ou de s'associer au céréalier en intégrant un GAEC, par exemple.
Comme on le voit, accueillir un berger sans terre sur son exploitation céréalière est donc bénéfique pour toutes les parties.

En poursuivant le raisonnement et à l'inverse cette fois, dans les côteaux secs, les ressources en herbe dans les côteaux secs sont problématiques dès début juillet et les éleveurs de ces zones sont obligés de donner des compléments ou des fourrages achetés à l’extérieur. Pourquoi alors ne pas envisager d’envoyer les animaux en montagne l’été alors que les estives sont de moins en moins chargées en raison du vieillissement et des cessations d’activité des éleveurs montagnards et que ces surfaces pastorales ont tendance à se fermer au détriment du pastoralisme, du paysage, de la biodiversité, du tourisme ? Cela pourrait amener plus de brebis en estive et permettre de pérenniser la filière « Agneau des Pyrénées » ou la démarche « Agneau bio ».
 
Tristan est un jeune homme plein de ressources. Vous pourrez le retrouver aux côtés d'autres bergers et vachers des estives haut-garonnaises sur le Pôle Pastoralisme des Pyrénéennes les 14, 15 et 16 septembre prochains à Saint-Gaudens. Il sera dans le chalet en bois qui illustrera une cabane pastorale et il se fera un plaisir de vous expliquer comment est rythmée la journée d’un pâtre en estive !

Page publiée le 03 juillet 2018 - vérifiée le 03 juillet 2018

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