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Le Musée archéologique départemental

Musée archéologique départemental
Le Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges a été créé en 1985. (Crédits : DR)
Chapeau

Établissement de conservation lié au site de Lugdunum, l’antique chef-lieu de la cité des Convènes, le Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges a été créé en 1985. Parallèlement à ses missions d’étude et de conservation, l’équipe accueille les chercheurs, professionnels, scolaires ou amateurs d’archéologie et propose un programme d’expositions temporaires, de visites guidées et d’ateliers culturels et scientifiques.

Corps

Le musée est dépositaire des objets issus des fouilles effectuées entre 1920 et 1969, auxquels s’ajoutent désormais les objets provenant des fouilles récentes, réalisées entre 1985 et 2005.  Alliant impératifs scientifiques de la conservation aux préoccupations d’ordre muséographique et pédagogique, le Musée archéologique départemental prête régulièrement des œuvres, tant en France qu’à l’étranger.

Le saviez-vous ?

La pratique du remploi fut courante dès l’Antiquité jusqu’au Moyen Age. Elle consistait à réutiliser les matériaux issus d’un bâtiment à l’abandon ou destiné à la destruction.

Le remploi répondait à des questions d’ordre technique et économique. Ainsi à Saint-Bertrand-de-Comminges, la ville antique servit de carrière providentielle aux bâtisseurs du Moyen Age.

L’origine de ce bloc d’architecture antique remployé aux XIème/XIIème siècles, dans la construction de la basilique chrétienne de Saint-Just à Valcabrère, n’est pas connue. Remployé à l’envers dans le pilier gauche à l’entrée du chœur, il est décoré d’une frise d’arme. Associant architrave et frise ornée, ce bloc se superposait à une colonnade. Le décor d’armes, de captif et de tête coupée, permet de penser qu’il s’agit d’un fragment issu d’un mausolée.

Frise d’arme
(Crédits : K. Schenck David - Musée archéologique départemental)

La collection

Les collections du Musée départemental nous renseignent sur les grandes étapes du développement et de l’évolution de la ville romaine et de son territoire. Fragments de statues colossales, empereur cuirassé, portraits privés, monument triomphal, blocs d’architecture, inscriptions, sculptures funéraires ou religieuses, céramiques et monnaies, l'intérêt de la collection Convènes tient autant à la qualité des œuvres conservées qu'à leur diversité. 

« Le trophée augustéen »

Parmi les œuvres marquantes, on retiendra la riche collection d’autels votifs, qui, outre sa réelle valeur artistique, est une source essentielle pour l’histoire religieuse et sociale de la région durant l’Antiquité, mais aussi le trophée augustéen. Pièce essentielle de l’histoire des Gaules, ce trophée est un exceptionnel ensemble de sculptures en marbre découvert en 1926 et réalisé entre 16 et 13 avant notre ère.

Il se compose de trois groupes triomphaux, deux terrestres et un naval, symbolisant la domination de l’empereur Auguste sur l’univers. Il s'agit d'une allégorie de sa victoire sur Marc-Antoine et Cléopâtre à Actium, en -31 avant notre ère, qui le mena au pouvoir.

Les parties terrestres sont représentées par un ensemble de captives, de captifs et de mannequins d’armes dressés sur des troncs d’arbres. La partie navale est reconnaissable à sa proue de navire, surmontée d’un buste féminin prolongé des spires d’une queue, identifiable à une Scylla.

Trophée naval
Trophée naval (Crédits : Musée archéologique départemental. Chr. Staebler)

Auguste est le premier empereur romain. Petit neveu et fils adoptif de Jules César, membre de la lignée julio-claudienne, il est né sous le nom de Caius Octavius.

Son ami Mécène donnera son nom à tous les protecteurs des Lettres et des Arts.

Caius Octavius
Dessin de Christian Staebler, d’après un portrait trouvé à Chiragan (Martres-Tolosane). Collections Musée Saint-Raymond.

Depuis 2013, un cycle estival de conférences archéologiques accompagne également les expositions.

Silvain - Le Carrier - Le génie ailé
(Crédits : K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)

En 1946 furent mis au jour à Saint-Béat, au sud de la Haute-Garonne, sur le versant nord de la montagne de Rié, les vestiges antiques d'un atelier de carriers, qui gisaient au pied d'un front de taille abandonné et dont la paroi, percée de niches et gravée de figures humaines, aurait été transformée en sanctuaire.

Une cinquantaine d’autels votifs y furent trouvés, offerts aux dieux à l'occasion d'événements liés au travail du marbre par des individus isolés ou par des groupes professionnels.

La redécouverte en Norvège et l’acquisition en 2016 par le Conseil départemental de la Haute-Garonne du plus beau de ces autels, qui disparut peu après sa découverte en 1946, permettent aujourd’hui une nouvelle approche des carrières antiques de Saint-Béat.

Cet autel dit des officinatores est une pièce exceptionnelle en Comminges et dans les Pyrénées en raison de la richesse de son décor. :

  • La face principale de cet autel présente Silvain (1), dieu tutélaire de la nature, des forêts, véritable « maître du monde sauvage».
  • La face latérale gauche expose les travaux de carriers et d’ateliers de taille. Au registre supérieur est figuré un carrier (2) délimitant au pic un bloc de marbre à extraire, au registre inférieur c’est un génie ailé (3) entamant la taille d’un autre bloc qui est représenté.
  • La face latérale droite offre au registre supérieur la représentation d’un sanctuaire (4) et un bélier sculpté (5) de profil pour le registre inférieur.
L’autel des Officinatores : sanctuaire - bélier sculpté
(Crédits : K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)
Tailloir © K. Schenck-David. Musée archéologique départemental
Tailloir (Crédits : © K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)

Remployé comme linteau de l’une des fenêtres de la chapelle Saint-Julien de Saint-Bertrand-de-Comminges, ce marbre avait fait l’objet de bien des spéculations jusqu’à sa dépose en 1985.

Extrait des murs de la chapelle, il a pu être identifié. Il s’agissait d’un tailloir (partie supérieure du chapiteau des colonnes) dont les quatre chanfreins portaient un décor. Et l’on découvrit que son lit d’attente (la face supérieure qui n’avait pas lieu d’être ornée), était, lui aussi, pourvu d’un décor bien conservé.

Aux chanfreins du tailloir, deux pampres jaillissent de part et d’autre d’un vase cordiforme. Le développement des vrilles terminales est proche du tracé des vrilles sculptées aux angles d’une table d’autel paléochrétienne trouvée à Saint-Bertrand, créant ainsi un indéniable lien de parenté. La face supérieure est ornée d’un vase à godrons pourvu de deux anses, d’où deux pampres jaillissent et se terminent en spirales. Ce motif est encadré de deux pilastres posés sur une base moulurée et surmontés d’un chapiteau de type corinthien. De part et d’autre se déployaient deux panneaux latéraux occupés par un cadre  en losange mouluré dont le champ devait être orné de fleurons. On estime aujourd’hui que le marbre d’origine aurait appartenu à un mur bahut qui faisait la séparation entre le portique à colonnade et le jardin d’une demeure patricienne. Récupérée lorsque la première communauté chrétienne y implanta son église, cette plaque fut sciée pour servir de tailloir à l’un des piliers de la nef.

Un dernier remploi en fit, à l’époque romane, un linteau de fenêtre.

Canpanus, d’origine espagnole, de la colonie lulia Nova Carthago (Carthagène en Espagne) et Silvanus ont été tués ici par des brigands le [...] jour des Calendes ou des Ides de juin, l’empereur Lucius Septime Sevère étant consul pour la première fois. [...], femme de Silvanus, a élevé (ce monument) à son mari.

Cette inscription fragmentaire servait à l’encadrement de la porte d’une maison qui était construite à l’emplacement des thermes du forum. Son origine exacte n’est donc pas assurée. Le couronnement et la base du monument ont disparu, les faces latérales ont été retouchées lorsqu’il fut retaillé afin de servir comme pierre de construction. Ces retailles importantes ont fait disparaître un bon tiers du texte.

Plutôt que d’une épitaphe à proprement parler, il s’agit d’un texte commémoratif gravé sur un monument qui fut sans doute élevé à l’endroit où, victimes de brigands, Canpanus et Silvanus trouvèrent la mort.

Un monument à la mémoire de Canpanus et de Silvanus
Un monument à la mémoire de Canpanus et de Silvanus (Crédits : K. Schenck-David)

Les inscriptions qui relatent les cas de morts violentes attribuables à des brigands ne sont pas nombreuses dans l’empire romain. On en recense en effet moins d’une dizaine, les routes et le territoire de l’empire n’étaient donc pas des lieux d’une constante insécurité. Il s’agit d’un évènement tragique local qui revêt un caractère d’exception parce qu’il s’intègre dans une série de documents peu courants. Enfin, parmi les textes convènes il est l’un des rares à être daté : le fâcheux incident eut lieu les 24 ou 25 mai 193, ou encore les 6 ou 7 juin 193.

Ce chapiteau a été trouvé lors des fouilles récentes effectuées en 1988 aux thermes du forum. Il est présenté ci-contre avant toute restauration, dans l’état dans lequel il a été trouvé.

Malgré une composition originale, ce chapiteau relève d’une série présente en Rhénanie et en Gaule. Il est classé dans la catégorie des « chapiteaux composites ionicisants », dont la structure associe un registre inférieur qui emprunte aux chapiteaux de style corinthien et un registre supérieur à volutes de style ionique.

La typologie des différents motifs canoniques (oves, pointes de flèches et raies-de-cœur) indique que ce chapiteau n’est pas antérieur à la première moitié du Ier siècle de notre ère. Par ailleurs la forte « végétalisation » du registre supérieur, où fleurons et calices occupent le moindre espace libre, est une caractéristique des ateliers de sculpture gaulois, que l’on retrouve ailleurs en Aquitaine sur des séries de chapiteaux composites et corinthisants de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle.

Ce chapiteau appartenait à la décoration du péristyle de la natatio de l’état IIIA des thermes du forum, daté par la fouille de la première moitié du IIe siècle. Cette natatio, une piscine à ciel ouvert, terminait le parcours traditionnel du baigneur; elle est aujourd’hui en partie recouverte par la route départementale et la maison qui borde cette dernière.

 

Chapiteau des thermes (Saint-Bertrand-de-Comminges)
(Crédits : K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)
Le tremissis de Saint-Bertrand-de-Comminges
(Crédits : K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)

Découverte près de Mâcon dans des circonstances inconnues, cette monnaie d’or mérovingienne appartenait à l’ancienne collection Jules Protat, imprimeur renommé à Mâcon (Saône-et-Loire) à la fin du XIXe siècle avant d’entrer en 2000 dans les collections du musée archéologique. Les tremisses, ou tiers de sou, sont de petites monnaies d’or émises à partir de 570-580 alors que la Gaule était sous domination franque et produites jusque vers 675.

Le style du portrait frappé à l’avers est très clairement d’inspiration visigothique, particulièrement le traitement de la chevelure ainsi que celui des deux fibules qui agrémentent le buste caractéristique des premières émissions du roi visigoth Léovigild (569-582). Autour, se développe la légende Conbenas fit qui indique son lieu d’émission : l’ancienne capitale des Convènes.

Si les lettres X et A qui encadrent le portrait sont difficilement explicables, le V et le S qui au revers encadrent une Victoire marchant vers la droite brandissent une croix achèvent simplement la légende pour former Nonnitus Monitari-u-s.

Ce monétaire Nonnitus n’est pas le graveur des coins mais plus sûrement la personne en charge de leur frappe et de leur production. Si les noms de tels contrôleurs figurant aux revers de ces monnaies sont souvent uniques, on les retrouve quelquefois associés à plusieurs ateliers. Ainsi, Nonnitus apparaît aussi sur un tremissis frappé à Agen (Lot-et-Garonne).

Des tremisses attribuables à Saint-Bertrand-de-Comminges ont été trouvés dans le Centre –Est de la France, en Vendée et à Paris. Hors de nos frontières, un tremissis provient d’une trouvaille effectuée au milieu du XIXe siècle dans le cimetière de l’église Saint-Martin de Canterbury (Kent).

 

Buste d'Agrippine la jeune
(Crédits : K. Schenck-David. Musée archéologique départemental)

Les fragments de cette tête colossale en marbre ont été trouvés en 1930 au cours des fouilles du forum nouum dans le portique méridional. Bien qu’aucune position stratigraphique précise n’ait été enregistrée lors de la fouille, il est fort probable que ces fragments gisaient là – avec d’autres morceaux sculptés qui appartenaient pour le moins à deux autres statues colossales –, destinés, sans doute comme le trophée, à être brûlés et transformés en chaux.

Si les avis au sujet de l’identification de cette tête restent partagés, le plus couramment admis est celui de Frédérick Poulsen, spécialiste de l’art du portrait, qui y voyait un portrait d’Agrippine la Jeune, sœur de Caligula, mère de Néron,  quatrième épouse de l’empereur Claude et descendante directe de l’empereur Auguste. A la suite de Fr. Poulsen, Peter Zanker en fit une variante « provinciale » d’un type III dit d’Ancône, bien que la coiffure ne comportât ni les longues mèches parotides ni la première rangée de boucles qui longe chaque oreille, que l’on retrouve sur ce type italien.

Malgré les lacunes qui altèrent cet exceptionnel portrait on reconnaît le visage large et plein, le menton rond et saillant de l’impératrice. Le visage est encadré par quatre rangs de boucles et un bandeau bouclé, roulé derrière les oreilles, qui était probablement noué en catogan sur la nuque. Les trous qui percent les lobes des oreilles étaient destinés à recevoir des pendants.

Que l’arrière de la tête n’ait été que grossièrement piqué et soit plan laisse penser que cette statue colossale, haute sans doute de plus de trois mètres, était adossée à un mur. Il est fort possible qu’il s’agissait d’une statue acrolithe, dont seules les parties apparentes du corps étaient en marbre.

Ce portrait date sans doute des années 50-58, période durant laquelle Agrippine fut impératrice.

 

Les expositions au Musée archéologique départemental

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L’accès au Musée

Les locaux d’étude et de conservation du Musée archéologique départemental (120 m2 dont un atelier-laboratoire), sont situés à Saint-Bertrand-de-Comminges, en ville haute, dans le bâtiment dit de l’« ancienne Gendarmerie », rénovée entre 2000 et 2004.

Le premier étage du bâtiment est occupé par les bureaux de l’équipe scientifique et du personnel administratif, les espaces fonctionnels et un studio dédié au traitement des images (prise de vues, dessin, infographie et archivage). Une vaste bibliothèque de recherches, dotée d’une zone de travail de huit postes complète l’ensemble. Elle est accessible sur rendez-vous du lundi au vendredi de 8h12 à 12h et de 13h30 à 17h, dans la limite des places disponibles en salle de travail, à toute personne justifiant d’une recherche dans les domaines du patrimoine, de l’archéologie et de l’histoire du site de Saint-Bertrand-de-Comminges et des Pyrénées centrales.

Au rez-de-chaussée du bâtiment, le Musée dispose d’une salle d’exposition temporaire dont l'accès est libre et gratuit. La salle d’exposition de l’« ancienne Gendarmerie », est ouverte à la visite à partir du mois d'avril et jusqu’à la fin du mois de septembre, ainsi qu’en période de vacances scolaires.

Les fouilles archéologiques

Le Musée Archéologique départemental, outre sa fonction d'exposition, est avant tout un Centre de Recherche et de Ressources Archéologiques permettant d'accomplir les missions d'études et de conservation. La riche bibliothèque accueille régulièrement chercheurs, professionnels et amateurs d'archéologie. Elle abrite depuis 2016, plusieurs campagnes de fouilles.

Contacts et documents pratiques