REPORTAGE

Au collège Émile Zola, les élèves déconstruisent les stéréotypes

Publié le 19 février 2026
Temps de lecture : 4 min
© Hélène Ressayres/CD31

Ce mardi 17 février 2026, les élèves de 3e du collège Émile Zola à Toulouse ont participé à une expérience inédite avec la Fresque de l’égalité filles-garçons. Cet outil ludique et participatif conçu par le Département permet de déconstruire les stéréotypes pour bâtir ensemble un quotidien plus égalitaire.

Autour d'une grande table colorée, l’ambiance est à la réflexion entre cartes illustrées et partage d'idées. Sous l’œil attentif de Catherine Monnot-Berranger, anthropologue du genre et cheffe de projets Égalité femmes-hommes du service Citoyenneté, laïcité et égalités du Département, les adolescents s’emparent d’un sujet majeur pour comprendre comment les inégalités se construisent dès le plus jeune âge.

Co-construite avec le Conseil départemental des jeunesses, la Fresque de l’égalité filles-garçons, déclinaison pour les jeunes d’un outil participatif d’abord conçu pour les adultes par le pôle Égalité femmes-hommes du Département, aborde cinq thématiques essentielles comme la famille, l’école, les loisirs, la santé et la vie amoureuse. "Le choix d’une classe de troisième ne s’est pas fait par hasard. Nous voulions par exemple aborder les enjeux de la vie amoureuse, les droits LGBT+, ou des problématiques délicates autour des violences sexistes et sexuelles. Il fallait nous assurer d’un certain niveau de maturité et de vocabulaire. Ensuite, la 3e est une année charnière en termes d’orientation scolaire et de réflexion sur l’avenir professionnel, alors que beaucoup de filles s’autocensurent notamment pour entreprendre des études techniques et scientifiques. De même, les garçons excluent pour la plupart de s’engager dans des métiers considérés comme féminins, liés à l’éducation ou au soin par exemple, par peur de la stigmatisation", explique Catherine Monnot-Berranger.

Autonomie des filles

Co-animé par Déborah Savio, chargée de mission Jeunesses au Département, l’atelier débute par un rappel historique nécessaire allant de la loi de 1970 sur l'autorité parentale – avant cette date les femmes, « éternelles mineures », n’avaient pas les mêmes droits dans l’éducation des enfants – à l’accès des femmes à tous les sports olympiques en 2012. Pourtant les chiffres rappellent que le chemin reste long puisque, par exemple, seules 19 % des filles se rendent à leurs activités seules à pied contre plus de 30,5 % des garçons. « Cela signifie qu’elles sont plus contrôlées et ont moins d’espace de liberté, d’expérimentation et d’autonomie que les garçons », indique Catherine Monnot-Berranger aux collégiens et collégiennes.

L’atelier a permis de mettre des mots sur des mécanismes invisibles qui concourent à ces inégalités, comme, entre autres, la socialisation de genre et la romantisation de la violence, ou bien encore le syndrome méditerranéen : ce stéréotype sexiste et raciste qui prétend à tort que les personnes (et surtout les femmes) d’origine nord-africaine, mais aussi les personnes noires ou Roms exagéreraient leurs symptômes et leurs douleurs. Chaque terme, une fois expliqué, montre l’impact sur la vie des personnes, et les inégalités, voire les discriminations qui s’en suivent. La séance s’achève sur une note d'espoir avec des propositions concrètes des élèves pour atteindre l’égalité réelle, et l’évocation de contre-modèles comme l’astronaute Sophie Adenot ou le danseur étoile Guillaume Diop, pour prouver que toutes les barrières peuvent tomber.

L’heure du bilan

Après deux heures d’atelier, l’heure est à présent au bilan. Ces premiers participants sont sollicités pour évaluer l’atelier durant une dernière heure, via un questionnaire qui permettra aux équipes d’affiner l’outil. Comme avec le Conseil départemental des Jeunesses, l’avis des collégiens et collégiennes est au cœur de la création de la fresque. « C’est une satisfaction pour nous, car il y a une belle participation de toutes et tous. Nous avons bien sûr pris le temps de parler des garçons et de leurs difficultés particulières vis-à-vis des stéréotypes virils qui les touchent. Un garçon a même parlé d’ « auto-nuisance » pour parler des codes de la masculinité. Nous avons réussi à les embarquer eux aussi, et c’était l’un de nos objectifs. Le fait que tous ne soient pas au même niveau d’information nous convainc aussi de l’utilité de la démarche », explique Catherine Monnot-Berranger. 

Du côté des élèves aussi, l’expérience a été positive, ils estiment tous en ressortir mieux outillés et aptes à réagir en cas de discriminations. « J’ai pu apprendre des mots de vocabulaire que je ne connaissais pas », avance Agathe. « Ce serait bien qu’on ait des séances comme celles-ci encore plus tôt et pourquoi pas dès le CM2 », conclut son camarade Loris.

Une prochaine séance aura lieu le 10 mars 2026 au collège Émile Zola. Un troisième temps sera organisé le 21 mai 2026 au collège Antonin Perbosc d’Auterive. Une fois finalisée, la fresque sera proposée à l’ensemble des collèges du département à la rentrée prochaine.