REPORTAGE

Toulouse-Malepère : opération d’écopâturage sur le site du futur collège

Publié le 11 juin 2026
Temps de lecture : 3 min
© Adrien Nowak/CD31

Durant un an, vingt-six brebis et chèvres vont entretenir de manière écologique cette friche industrielle d'1,7 hectare, propriété du Département, de Toulouse Métropole et d'Oppidéa, tout en ravivant le passé pastoral du quartier. Un exemple de l’engagement de la collectivité en faveur de la bifurcation écologique. 

Ce vendredi 5 juin 2026, au petit matin, l’ambiance est joyeuse et un brin surréelle au sud-est de Toulouse sur le chemin de Malepère. Les bêlements de vingt moutons et six chèvres se font entendre sur le site de l’ancienne scierie désaffectée depuis 2007. C’est le top départ d’une opération d’écopâturage qui doit durer au moins un an. Sur ce terrain accidenté, acquis par le Conseil départemental, les peupliers, frênes et éléagnus s'apprêtent à être dévorés. C'est ici, en septembre 2031, que le futur collège ouvrira ses portes. 

Pour Georgiana Mateescu, chargée d’opération Travaux neufs à la direction du patrimoine du Département, le choix de l'écopâturage relève de l’évidence : « Le terrain présente d’importants dénivelés et de nombreux merlons à cause des gravats issus des anciennes démolitions. C'est un relief difficile d'accès. L'écopâturage est beaucoup moins cher qu'une tonte mécanisée, il n'engendre aucune nuisance sonore et c'est profondément écologique. »

Économie de CO2

Aux commandes de cette opération, on retrouve la société Tondobêle, spécialisée dans l’écopâturage et représentée par ses fondateurs, Manu Brousseau et Alexis Robin, accompagnés de leur collaborateur Matisse. Éleveurs depuis plusieurs générations, installés entre Castelnau-d’Estrétefonds et Fronton, ils veillent aujourd'hui sur un cheptel de 1 200 animaux et entretiennent près de 50 sites dans la région. « Nous sommes avant tout éleveurs, très attachés au bien-être animal. L'écopâturage permet une réelle économie de CO2 et améliore la biodiversité, là où la tonte mécanique détruits les habitats et décime les insectes. Il y a aussi un fort aspect social qui se développe autour de ces bêtes. », explique Alexis Robin. 

Regardant le terrain d'un œil expert, Manu Brousseau sourit : « Elles vont se régaler ici ! Elles adorent les peupliers et ils auront beaucoup d’ombre. Nos bêtes mangent presque tout, sauf les chardons et les orties. Les Solognotes sont une race rustique originaire du Portugal qui nettoyait autrefois les sous-bois de Sologne ; elles ont une excellente résistance à tous les climats. Nous allons observer attentivement l’évolution du site, en y venant régulièrement, et nous ajusterons le cheptel en fonction. »

Dimension solidaire

Cette opération a été possible grâce à des conventions entre le Conseil départemental de la Haute-Garonne (CD31), Oppidéa et Toulouse Métropole. Le Département déploie déjà l'écopâturage sur d'autres sites à Muret, à Saint-Martin-du-Touch, et le 2 juillet prochain sur le terrain de la Maison des Solidarités (MDS) de Carbonne.

Au-delà de la réduction de l'empreinte carbone (zéro carburant, zéro déchet vert à traiter) et de l'enrichissement naturel des sols, le projet toulousain revêt une dimension solidaire. Tondobêle a en effet noué un partenariat avec l’Agapei de Flourens et son ESAT Occitalis (Établissement et Service d'Aide par le Travail) pour la fabrication des abris des animaux, favorisant ainsi l'insertion et l'hébergement de personnes en situation de handicap.

Pour les riverains de ce secteur en pleine expansion entre Montaudran et Saint-Orens-de-Gameville, le retour des animaux est une excellente nouvelle. Bertrand Rives, président du comité de quartier « Association Toulouse Carmes Malepère Marquaissonne » (ATC2M), ne cache pas sa satisfaction : « Ce projet d'écopâturage renoue avec l'histoire profonde de Malepère. Avant l'urbanisation, ce secteur n'était fait que de champs qui alimentaient l’ordre des Carmes tout proche. Nous accueillons donc ce projet avec joie. L'association souhaite aussi développer la biodiversité locale : nous avons un projet de ferme pédagogique, la volonté de voir un maraîcher s’installer dans le quartier et des ruches. Enfin, cette action avec les animaux est essentielle pour recréer du lien entre les habitants. »