DOSSIER
L'eau, une ressource vitale

L'eau, une ressource vitale Publié le
Date de publication
20 novembre 2017

Chapeau

Conscient de l’urgence à agir pour s’adapter au changement climatique, le Conseil départemental a fait du développement durable une de ses priorités. La préservation des ressources en eau en est l’un des axes forts.

Corps
Text

La Haute-Garonne, située à un carrefour des eaux venant des Pyrénées et du Massif Central, bénéficie d’un réseau hydrographique exceptionnel par sa quantité et sa qualité. La Garonne et ses affluents apportent ainsi 90 % de l’eau potable consommée par les Hauts-Garonnais. Le Conseil départemental contribue à en préserver la qualité et à garantir son accès à tous via une gestion partagée et durable. L'eau n’a pas de frontière : elle fait l’objet de règlementations au niveau européen, national et local et sa gestion est partagée entre plusieurs instances de décision. 

Texte

Michèle Jund, coordinatrice du pôle eau et zones humides auprès de l'association Nature Midi-Pyrénées :

« Les scientifiques n’ont pris conscience de l’intérêt des zones humides qu’à la fin du XXe siècle. Avant cela, depuis le Moyen-Âge, on n’a cessé d’assécher ces espaces de transition entre l’eau et la terre, que l’on jugeait insalubres, pour les besoins des activités humaines.
Aujourd’hui, les zones humides alluviales, les prairies humides, les mares, les étangs ou encore les tourbières représentent à peine 1 % du territoire de la Haute-Garonne. Il faut à tout prix les préserver car ces milieux ont trois fonctions essentielles. En tant qu’éponges, ils diminuent l’impact des crues au printemps en captant l’eau, puis ils évitent l’assèchement des cours d’eau en période de sécheresse, en redistribuant progressivement cette eau pendant l’été. Ce sont aussi des « reins » qui nettoient l’eau et nous permettent ainsi d’avoir des ressources en eau de bonne qualité. Enfin, ce sont de grands réservoirs de biodiversité : de nombreuses espèces y trouvent refuge. Autant de fonctions qui seront d’autant plus indispensables dans un contexte de réchauffement climatique, pour faire face aux phénomènes extrêmes (crue, canicule) auxquels il faut s’attendre. 
»

Michèle Jund
(Crédits : Hélène Ressayres)
Text

Si le réchauffement climatique se passe à l’échelle de la planète, ses conséquences sont pourtant bien locales et ont d’ores et déjà un impact sur notre quotidien. Dans le domaine de l’eau, par exemple, si nous n’opérons pas de changement sur nos modes de gestion et de consommation, la qualité et la quantité d’eau qui coule de nos robinets seront probablement affectées dans les prochaines années. Des solutions existent, et elles sont multiples. Certaines comme l’amélioration de la gestion des ressources en eau, l’entretien des réseaux ou encore la préservation des zones humides sont déjà mises en place. Pour aller plus loin et mieux coordonner ces actions dans le cadre d’un projet global et coopératif, le Conseil départemental a décidé de prendre ses responsabilités. Comment ? En animant un véritable projet à l’échelle de notre territoire, et en rassemblant tous les acteurs concernés par la question de l’eau. Ce dossier vous permet de mieux comprendre la démarche engagée, et les premières actions déjà mises en place.

Pour éviter que la Garonne ne soit totalement à sec en été, pas moins de 52 millions de m3 d’eau sont stockés chaque hiver, principalement dans quatre lacs d’altitude situés en Ariège. Mais l’été 2017 ayant été particulièrement chaud, plus de la moitié du stock avait déjà été épuisée début septembre pour ce que l’on appelle le soutien d’étiage, c’est-à-dire le fait d’augmenter le débit d’un cours d’eau en période sèche. Et la situation ne devrait pas s’améliorer.

Selon les scientifiques (source : étude Garonne 2050 menée par le Comité de bassin Adour-Garonne), les températures devraient continuer à augmenter dans le Sud-Ouest, de l’ordre de +1,5 °C à +2,8 °C d’ici à 2050, avec notamment pour conséquence une diminution des débits des cours d’eau d’environ 20 à 25 %, et jusqu’à 50 % en période d’étiage.

« Si nous n’agissons pas dès maintenant, alors même que notre département accueille pas moins de 15 000 nouveaux habitants chaque année, le manque d’eau deviendra le premier frein au développement de notre territoire », prévient Jean-Michel Fabre, vice-président en charge du développement durable et du plan climat.

Text

Le réchauffement climatique n’est plus à démontrer, et il est aujourd’hui devenu urgent d’agir pour limiter ses impacts sur notre planète. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.» C’est dans cet état d’esprit que le Conseil départemental prend ses responsabilités avec la mise en place d'un espace de dialogue et de concertation autour de la question de la gestion de nos ressources en eau. Oui, le sujet est épineux. Oui, il y a eu des ratés dans le passé. Mais l’eau, c’est la vie des humains, des animaux et des végétaux. C’est un bien public et il est de notre devoir de trouver des solutions efficaces et crédibles pour les années à venir. Car si nous n’avançons pas, ce sont les générations futures qui en souffriront.

GEORGES MÉRIC, Président du Conseil départemental de la Haute-Garonne

Text

Il rassemble le parcours d'une goutte d'eau depuis son captage dans le milieu naturel pour l'alimentation en eau potable, jusqu'à l'assainissement des eaux usées avant leur rejet dans le milieu.

Depuis le XIXème siècle, les collectivités territoriales ont mis en place les équipements nécessaires pour capter l’eau, la traiter si nécessaire afin de la rendre potable, la mettre à disposition de chaque habitant puis, une fois utilisée, pour la collecter, la traiter et la restituer suffisamment propre au milieu naturel, afin qu’elle n’altère pas le bon état écologique de ce dernier. L’objectif premier était de répondre à des enjeux de santé publique.

Plus récemment, le traitement des eaux usées, avant rejet dans le milieu, est devenu impératif pour préserver la qualité de cette ressource. Le Département participe au financement et au suivi de projets d’équipements ou de travaux liés à l’alimentation en eau potable, à la préservation de la qualité des eaux brutes (assainissement des eaux usées) et à la prévention des inondations (eaux pluviales). Il établit ainsi chaque année un programme d’aide à l’équipement rural.

L’agriculture qui occupe 52 % de la superficie du département a donc une forte incidence sur la ressource en eau tant au niveau qualitatif (engrais, pesticides... sources de pollution diffuse) que quantitatif (prélèvement pour l’irrigation). L’évolution des pratiques agricoles constitue donc un des principaux leviers pour agir. Le Conseil départemental mène plusieurs actions en faveur de la ressource en eau et s’est également engagé dans la démarche « zéro phyto ».

Text

Chaque propriétaire riverain d’un cours d’eau est tenu à son "entretien régulier" (article L.215-14 du Code de l’environnement) et la commune est chargée de s’assurer que cela soit effectué. Dans le cas contraire la collectivité s’en charge aux frais du propriétaire (article L.215-16 du Code de l’environnement).

Les collectivités territoriales (communes, EPCI à compétence spécifique « rivière ») se sont ainsi substituées au fil du temps aux obligations des riverains. Des structures compétentes se sont donc progressivement mises en place afin de pouvoir gérer ces problématiques mais aussi participer à la prévention des inondations et à la protection de ces milieux aquatiques source de vie, souvent source d’eau potable.

Le Conseil départemental apporte un accompagnement technique et financier auprès de ces collectivités afin d’atteindre une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau et des milieux aquatiques. Cet engagement est conforme aux orientations du SDAGE Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Adour-Garonne.

Text

Eau potable


Le Conseil départemental aide les collectivités locales pour leur équipement en réseaux d’eau, usines de production d’eau potable et stations d’épuration. En parallèle, il gère des réseaux de suivi et de stations d’alerte pour surveiller la qualité de l’eau des nappes et des rivières et prévenir les pollutions.

Texte

Vincent Ribot, chargé de mission à la Direction de l’écologie et du développement durable au Conseil départemental :

« Depuis 2014, le Conseil départemental assure, en collaboration avec le Laboratoire départemental Eau Vétérinaire Air et avec l’appui financier de l’agence de l’eau Adour-Garonne, un suivi de la qualité de l’eau des rivières, nappes, sources et plans d’eau du territoire.
Chaque année, nous réalisons entre deux et huit prélèvements sur une cinquantaine de points de contrôle. Les informations recueillies nous permettent d’affiner notre connaissance de la ressource en eau et de l’évolution de sa qualité (taux d’oxygène, de nutriments mais aussi de micropolluants), tout en orientant les actions menées par le Conseil départemental. Cette connaissance est stratégique : l’eau en quantité et en qualité est indispensable à de nombreux usages et au bon état de notre cadre de vie. Cela nous permet également de mieux appréhender les conséquences du changement climatique. En effet, à l’heure actuelle, la Garonne et ses affluents apportent plus de 90 % de l’eau potable consommée par les Haut-Garonnais-e-s. Mais à moyen terme, compte tenu du réchauffement climatique, le débit de nos rivières va considérablement diminuer l’été. Le captage des eaux souterraines pourrait alors redevenir intéressant pour la production d’eau potable. D’où la nécessité de bien connaître ses ressources.
 »

 

Vincent Ribot
(Crédits : Aurélien Ferreira)
Text

Irrigation

Le Département met à la disposition des agriculteurs des outils de gestion, ainsi que des conseillers techniques pour les aider à réaliser une irrigation maîtrisée et respectueuse de l’environnement.

Texte

Marie Cazes, directrice adjointe régie intercommunale de l'eau et de l'assainissement Cazères-Couladère

« Avant 2011, les analyses menées à la station de captage d’eau potable de Cap Blanc ont montré occasionnellement des dépassements de valeurs en nitrates et en pesticides. Cela a conduit à la mise en oeuvre d’un plan d’action territorial, subventionné par l’agence de l’eau Adour-Garonne, pour améliorer la qualité de l’eau de la nappe souterraine. En partenariat avec la Chambre d’agriculture, le Conseil départemental et Erables 31, nous avons notamment mis en place un accompagnement des agriculteurs pour les conseiller et les orienter vers un changement de pratiques. Avec Arbres et Paysages d’Autan, nous avons en outre sensibilisé les particuliers à cette problématique à travers différentes campagnes de communication (jardinage sans pesticide, plantation de haies champêtres) et des interventions dans les écoles, les festivals, etc. Cela a porté ses fruits : rapidement, nous avons réussi à retrouver une qualité d’eau convenable. Et ce n’est pas fini ! Nous sommes aujourd’hui en train d’acquérir les terrains à proximité immédiate de la station d’eau pour y développer une agriculture sans intrant, et nous cherchons par ailleurs les moyens d’accompagner financièrement les agriculteurs dans leurs démarches pour changer radicalement leur façon de produire et pérenniser une eau souterraine de bonne qualité. »

 

Marie Cazes
(Crédits : Aurélien Ferreira)
Text

Eau des rivières

La protection des cours d’eau et des milieux aquatiques et la préservation des zones humides favorables à la biodiversité nécessitent une gestion axée sur le partage, la préservation et la protection de la ressource.

Text

La gestion des ressources en eau est une priorité, et fera même l’objet d’un véritable projet de territoire, en concertation avec tous les acteurs concernés (l’État, l’agence de l’eau Adour-Garonne, les Départements limitrophes, etc.), et piloté par le Conseil départemental. Ce dernier mène en effet déjà de nombreuses actions pour protéger nos ressources.

Via le Syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (Smeag), par exemple, le Département participe au soutien des débits des cours d’eau en période d’étiage pour limiter au maximum les effets de la sécheresse. « Nous sommes également très impliqués, en lien avec les Départements voisins, dans la gestion de nos "châteaux d’eau", que ce soit les barrages comme celui de Montbel en Ariège ou dans la Montagne Noire, ajoute Jean-Michel Fabre. Cela se sait peu, mais sans cette mobilisation, les restrictions d'usage que l'on a pu observer ponctuellement cet été seraient notre quotidien. »


Un Schéma départemental d’alimentation en eau potable est lancé jusqu'à mi-2018 pour sécuriser la desserte en eau, à la fois d’un point de vue qualitatif mais aussi quantitatif. Le Conseil départemental investit en effet massivement pour la création, l’entretien et le suivi des réseaux d’eau et d’assainissement. En 2017, une enveloppe de 5 millions d’euros a ainsi été accordée pour aider les communes et syndicats à réduire les fuites d’eau et, de cette façon, éviter le gaspillage.

 

Text

Dans un autre registre, afin d’améliorer la connaissance des milieux aquatiques, le Département vient de réaliser un inventaire des zones humides. Ces terres imprégnées ou recouvertes d’eau, comme les tourbières, jouent un rôle essentiel à la fois de préservation des ressources mais aussi de la biodiversité. Enfin, dans le domaine de l’agriculture, le Conseil départemental joue un rôle proactif pour accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus écologiques. « Nous devons aller encore plus loin, associer tous les acteurs et actionner tous les leviers possibles car nous avons tous besoin d’eau, conclut Jean-Michel Fabre. Le Département prend ses responsabilités en lançant ce projet de territoire, mais ce sujet de société est bien l’affaire et l’intérêt de tous ! ».

Tags