PORTRAIT

Rencontre avec Hermann Ebongue, Vice-président de SOS Racisme Publié le
Date de publication
31 janvier 2020

Bandeau Hermann Ebongue
Hermann Ebongue lors de soirée de lutte contre le racisme dans le sport aux 2e Rencontres pour l'égalité (Crédits : Aurélien Ferreira)
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Lors des 2e Rencontres pour l’égalité organisées du 2 au 7 mars 2020, Hermann Ebongué a participé a une table ronde sur le thème "Sport : combattre le racisme, du terrain aux tribunes". Rencontre.

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D’après les derniers chiffres du ministère de l’intérieur, les faits à caractère raciste et xénophobe ont augmenté de plus de 130% en 2019. Comment l’expliquez-vous ?

Nous l’expliquons par une libération de la parole, notamment dans les médias, qui facilite le passage à l’acte qui, jusque-là, n’était pas forcément assumé. On le voit avec la stigmatisation qui est faite notamment sur la question des musulmans, avec une certaine confusion qui peut exister entre les musulmans et les islamistes par exemple. Et cela ne peut avoir que des conséquences regrettables. Mais ces chiffres s’expliquent aussi, par ailleurs, par le fait que les gens osent davantage signaler ces événements.

Quel état des lieux faites-vous du racisme dans le sport ?

Je pense que le sport est un des derniers remparts contre le racisme. Il faut tout d’abord bien distinguer les acteurs du sport, notamment dans les clubs professionnels, des publics qui assistent aux matchs. Les actes de racisme viennent plutôt du public. Dans le football professionnel, par exemple, le racisme est quasi inexistant entre les acteurs de ce sport. Les équipes sont d’ailleurs plutôt mixtes et assez représentatives de l’humanité. On y retrouve une diversité assez claire, et le potentiel de fraternité et de vivre-ensemble, qui est dans les gênes du sport, est énorme ! Les problèmes viennent plus souvent des comportements des publics, de certains supporters qui demeurent extrêmement minoritaires. Mais les actes racistes ne peuvent être tolérés, car si on laisse faire, cela peut prendre de l’ampleur.

Malgré le témoignage de certains joueurs connus tels que Olivier Dacourt par exemple, le sujet demeure tabou. Pourquoi ?

Oui, c’est tabou dans le sens où les instances sportives en parlent peu, certains clubs ayant peur pour leur image. Mais lorsqu’un fait est médiatisé, cela créé des ondes de choc car l’écho médiatique est immense. Je rappelle cependant que les faits, même ceux dénoncés par Olivier Dacourt dans son documentaire, restent minoritaires.

Quelles sont les pistes pour combattre le racisme dans les tribunes ?

Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut en parler davantage. Le vrai problème, et c’est là que réside le débat, c’est qui est responsable et comment fait-on pour sanctionner ? Pour moi, la solution est d’identifier les auteurs de ces faits et les sanctionner individuellement, avec une sanction à la fois sportive et pénale. Car lorsque l’on fait une sanction collective, c’est traiter le problème sous l’angle de l’émotion, et c’est une mauvaise solution qui a souvent l’effet inverse à celui escompté. Il faut par ailleurs continuer à développer un volet prévention et pédagogie, pour créer une société sportive en phase avec les valeurs que véhiculent le sport. Et ça, c’est de la responsabilité de tous.