PORTRAIT

Sylvain Meschia, poète d'argile Publié le
Date de publication
19 juillet 2020

Sylvain Meschia
Sylvain Meschia, poète d'argile. (Crédits : Aurélien Ferreira)
Chapeau

Il évoque ses oeuvres avec l’entrain de celui qui souhaite raconter leur histoire sans vouloir étaler la sienne. Le paradoxe d’un artisan d’art devenu artiste, rêvant son art gratuit et accessible au plus grand nombre.

Corps

« La céramique c’est toute mon histoire, j’ai besoin du contact de la matière, créer à partir d’une boule de terre est une sensation magique. » Une passion palpable qui s’est longtemps matérialisée en objets utilitaires, très prisés dans les salons internationaux. Aujourd’hui Sylvian Meschia aspire surtout à faciliter l’accès à son art par des mises en scène occupant l’espace public.

Sylvian Meschia est né en Algérie en 1952. Arrivé en France à l’âge de 10 ans, il garde de cette période le souvenir d’une déchirure indélébile. Les cités des banlieues de Marseille puis de Toulouse l’accueillent mais le seul endroit où il se sent vraiment heureux c’est dans cette ferme de Rieux-Volvestre acquise par ses grands-parents et où il rêve d’installer son atelier. « Je suis issu d’une lignée d’artisans menuisier », raconte-t-il.

Travailler seul avec la matière et en toute liberté, ça a toujours été une évidence.

À 18 ans, il s’initie à la céramique à l’abbaye bénédictine de Tournay, à Tarbes. Une expérience déterminante qui pose les premières pierres de son succès à venir. Il se perfectionne en tant que tourneur à Djerba, en Tunisie puis à Londres, avant de rejoindre Avignon et son festival, où il travaillera plusieurs années comme régisseur de 1974 à 1981. Sur place, il découvre l’envers du décor et « comment s’organisent toutes les petites choses autour des grandes ». Un apprentissage majeur pour ses mises en scène futures.

Vers une oeuvre « cathédrale »

Pourtant, ses premières amours ne l’ont jamais quitté et c’est bien à Rieux-Volvestre qu’il décide d'installer son atelier de potier en 1981, réalisant par là même son rêve et enracinant sa carrière d’artiste. Vingt ans plus tard, il parle alors de métamorphose, de mutation : « J’ai eu un déclic à 50 ans, un besoin irrépressible de revoir mon village natal. Finalement, ce sont mes cahiers d’enfant, noircis en arabe et retrouvés au grenier, qui ont été un véritable électrochoc. Comme si je retrouvais ce que j’avais longtemps cherché. » L’écriture l’inspire brutalement. Il s’abreuve alors de calligraphies de tous horizons qu’il transpose sur ses terres cuites. « J'ai trouvé la différence entre l'artisan d'art, celui qui peut reproduire un objet en petite quantité, et l'artiste qui est un messager qui crée et partage. » Tout son travail bascule. Un résultat visible notamment sur les bâtons de pèlerin que le public a déjà pu admirer à plusieurs reprises. Des oeuvres qu’il souhaite « proche de chez lui », de Foix à Martres-Tolosane en passant par le festival de Marciac, où l’artiste s’est illustré par un retour à la nature affiché dans ses créations, semant des fleurs de céramique à travers champs, cultivant d’étranges jardins aux trésors cachés... Aujourd'hui, l'artiste n'a plus qu'une seule idée : occuper l'espace et le partager avec son public.

Des surprises sur la Via Garona

Durant tout l'été, promeneurs et touristes ont pu contempler les œuvres de l'artiste haut-garonnais Sylvian Meschia le long de la Via Garona. Sous le porche de la cathédrale de Rieux-Volvestre, le céramiste a installé « La voie Lactée », une œuvre composée de mosaïques en nuances de bleu. Les visiteurs ont ensuite pu contempler une autre création de Sylvian Meschia, « Les hommes en marche », dans un des jardins de la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges. Constituée d’une cinquantaine de bâtons en céramique de 4 mètres de haut, l’œuvre rend hommage aux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.