REPORTAGE

Une Marianne au Musée de la Résistance Publié le
Date de publication
24 septembre 2020

La scultpure peut être vue au Musée départemental de la Résistance et de la Déportation
La scultpure peut être vue au Musée départemental de la Résistance et de la Déportation (Crédits : Aurélien Ferreira)
Chapeau

Magali Brunet, chercheuse en science des matériaux au CNRS, cumule deux casquettes étonnantes, car elle est également restauratrice d’œuvres sculptées. En début d’année, elle terminait la restauration d’une mystérieuse Marianne au sein même du Conseil départemental. Une œuvre qui trône désormais au Musée de la résistance et de la déportation. Rencontre.  

Corps

Ce sont parfois des œuvres en bois, en métal ou encore en plâtre, parfois des fresques, des chemins de croix ou encore des bustes. « Notre métier est de stabiliser l’état d’une œuvre pour éviter qu’elle ne se dégrade », explique Magali Brunet. Brisant le mythe du coup de peinture pour rendre sa jeunesse à une œuvre ancienne, l’experte explique que « la restauration est souvent invisible pour le grand public : on cherche à conserver l'oeuvre sur le long terme et non à améliorer à tout prix son apparence ! » Un travail de patience et de minutie qui se révèle parfois frustrant car difficilement appréciable par les non-initiés. Sur la Marianne en question, une quinzaine de jours ont été nécessaire pour nettoyer et refixer les écailles de peinture : « pour protéger une telle polychromie, il faut injecter une colle  sous les fragments, ça ne se voit pas de l’extérieur mais ça stoppe l’altération ».

Magali Brunet, restauratrice.
Magali Brunet, restauratrice. (Crédits : Aurélien Ferreira)

Une mystérieuse signature

Cette Marianne attise les curiosités et les professionnels se pressent pour tenter de faire lumière sur son histoire : « Un vétérinaire equin est venu radiographier l’œuvre, afin de comprendre sa fabrication et une expertise balistique a même été réalisée sur une zone du buste qui présente un trou que beaucoup attribuent à un impact de balle », rapporte Magali Brunet, précisant que rien ne confirme aujourd’hui cette hypothèse. Comble de la surprise, installée au musée depuis le printemps, cette Marianne a dévoilé lors des journées du patrimoine une signature jusqu’alors passée inaperçue : « une lumière rasante a permis de faire apparaitre 3 lignes, dont la probable signature de Jean Sul-Abadi, qui aurait signé une restauration », confirme prudemment Jerôme Blachon, responsable du Musée de la Résistance et de la Déportation. L’enquête suit son cours…

Un peu d’histoire

L’œuvre est un buste en plâtre peint de 90kg et 1,20 mètre de haut, représentant une Marianne noire, datant du milieu du 19ème siècle. D’après les archives, l’œuvre serait nommée « Liberté ». Cette figure d’esclave affranchie aurait été commandée suite à l’abolition de l’esclavage en France (1848). La statue est représentée avec de nombreux attributs, relatifs à son ancienne condition d'esclave, la République et surtout la Franc-maçonnerie. L’œuvre a été commandée par les loges maçonniques toulousaines en 1848, année de la proclamation de la IIème république et de l’abolition de l’esclavage, et subira en 1941 de sévères dégradations de la part des activistes du régime de Vichy avant d’être enfouie sous la terre d’un jardin du faubourg Bonnefoy puis donnée au Département à la Libération.

Ce livre aux éditions Loubatières, dont la préface a été rédigée par Georges Méric, relate l’histoire et la restauration du "Buste de la liberté" exposé au Musée départemental de la Résistance et de la Déportation. Ces recherches ont été menées par des essayistes, historiens et membres de l’association des Amis du Musée, Georges Bringuier, Jacqueline Fonvielle-Ferrasse, Daniel Chartagnac, Monique Biasi.