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« Défendre la loi 1905 garantit la liberté de conscience et du libre exercice du culte »

Publié le 5 décembre 2025
Temps de lecture : 3 min
© Aurélien Ferreira / CD31
Frédérique de la Morena est membre du conseil des sages de la laïcité.

Maître de conférences en droit public à l’université Toulouse Capitole et membre du conseil des sages de la laïcité, Frédérique de la Morena participe le 9 décembre à la table ronde/débat organisée dans le cadre des Rencontres de la laïcité et des valeurs de la République. 

On célèbre en 2025 les 120 ans de la loi promulguant la séparation des églises et de l’Etat. Quel état des lieux dressez-vous ? 

La loi de 1905 est une grande loi républicaine qui s’applique encore aujourd’hui, elle est le fondement de la laïcité de la République. Cette dernière connait, depuis quelques années, des difficultés d’application dans divers domaines, voire des contestations et des remises en cause. On constate l’augmentation des demandes, ou même des revendications, d’expression religieuse dans la sphère publique face auxquelles les collectivités publiques sont parfois désarmées.

 

Pourquoi la loi de 1905 suscite-t-elle toujours autant de débats et d’intérêts 120 ans après ?

C’est une réalité, aujourd’hui le principe de séparation entre l’État et les Églises, posé dans la loi de 1905, est contesté. D’aucuns en appellent à son assouplissement afin d’autoriser les expressions confessionnelles au sein des services publics (la sphère publique) au nom d’une conception « ouverte, plurielle, tolérante, positive… » de la laïcité. D’autres contestent la séparation en tant que telle, en prônant la supériorité du dogme religieux sur la règle de droit. 120 ans après, il est donc normal que la loi suscite de nombreux débats. La défense de ce texte est plus que jamais indispensable car il est le garant de la liberté de conscience et du libre exercice du culte.

 

Il semblerait que la loi de 1905 est souvent perçue comme une loi antireligieuse. Pourquoi ?

Effectivement, et c’est regrettable. Tout d’abord, la loi de 1905 est mal connue mais, si on se donne la peine de la lire, on découvre que c’est une loi de liberté, de paix et de concorde : le principe de séparation qu’elle consacre permet depuis 120 ans aux individus de penser, d’avoir des convictions de toute nature, de manifester leurs croyances et aux Églises de se constituer en toute liberté. La République n’est pas « antireligieuse », elle est a-religieuse. Ensuite, cette perception est également due à une instrumentalisation de la loi par ceux qui en appellent à sa révision, voire à son abrogation.

 

Quels seraient les leviers à activer pour empêcher cette remise en cause ? 

Plusieurs « leviers » existent dont le premier est le strict respect de la loi dans la lettre et dans l’esprit ! La formation, l’instruction sont bien évidemment les fondements de la compréhension du texte. Quant à son application, elle sera d’autant plus réelle et acceptée que tous les acteurs publics s’en empareront sans arrière- pensée partisane.  

 

En quoi la loi de 2004 sur le port de signes ou de tenues est le prolongement (ou pas) de la loi de 1905 ?

La loi de 2004 est dans la continuité de la loi de 1905 pour plusieurs raisons : elle a été prise pour garantir la liberté de conscience des élèves afin qu’ils ne puissent pas subir de pressions. Elle a vocation à s’appliquer à toutes les manifestations ostensibles d’appartenance à une religion et n’est donc pas discriminatoire. Elle vise ainsi à protéger l’espace scolaire au sein duquel l’élève apprend à se construire, loin des déterminismes sociaux, économiques, religieux, pour pouvoir, ensuite, faire ses proches choix.