ANNONCE

Hengameh Yahyazadeh, la voix des femmes iraniennes à Toulouse

Publié le 6 mars 2024
Temps de lecture : 4 min
Hengameh Yahyazadeh
© Aurélien Ferreira
Hengameh Yahyazadeh

Le 8 mars, à 19h, le Département organise une conférence-débat « Femmes Vie Liberté : le mouvement de contestation des femmes iraniennes » dans le cadre des Rencontres pour l'égalité. Entretien avec l'une des intervenantes, Hengameh YAHYAZADEH, présidente de Femme, Vie, Liberté en Haute Garonne.

Hengameh Yahyazadeh a fui l’Iran en 2016 avec sa famille, en danger suite à leur opposition à la République islamiste. Elle a appris le français, commencé des études de théâtre à Toulouse, puis s'est tournée vers le domaine de la santé et se forme comme prothésiste dentaire. En septembre 2022, la mort en garde à vue de l’étudiante iranienne Mahsa Amini, arrêtée pour s’être opposée au port du hijab obligatoire, déclenche le mouvement « Femme Vie Liberté ». En soutien à cette révolte du peuple iranien, Hengameh crée alors à Toulouse le collectif « Soulèvement national iranien ».

Présentez-nous votre association, le « Soulèvement national iranien »

C’est une association apolitique, même si ce n’est pas toujours évident, pour relayer la voix des Iraniens en vue de faire chuter la République islamique. Nous organisons des manifestations en écho aux manifestations en Iran, pour relayer leurs protestations, traduire en français et en anglais les slogans entendus dans les rues iraniennes. Et informer régulièrement la communauté internationale pour qu’elle soutienne ce mouvement sans précédent.

Le Prix Nobel de la paix 2023 attribuée à Narges Mohammadi n’est-il pas le signe du soutien de la communauté internationale ?

Oui et non. La communauté internationale dit « on vous entend » mais elle ne réagit pas. Shirin Ebadi, avocate iranienne et militante des droits humains, avait reçu ce même prix en 2003, et ça n’a pas beaucoup fait évoluer les choses. Heureusement, la situation politique change. La République islamique est de plus en plus isolée. Depuis son soutien à l’armée russe en Ukraine et ses positions pro-Hamas, le monde entier porte un regard de plus en plus sévère sur le régime iranien. À l’intérieur du pays, aussi, même ceux qui soutenaient le régime lui font de moins en moins confiance, parce qu’ils sont visés, eux aussi.

Quel changement dans la population iranienne le mouvement « Femme, Vie, Liberté » traduit-il ?

En Iran, les femmes se sont soulevées dès 1979 contre la République islamique. Ça va faire 45 ans qu’elles se battent. Elles ont toujours fait des études, elles sont mêmes plus nombreuses que les hommes à l’université, même si l’accès à certaines fonctions leur est ensuite difficile. Mais le peuple iranien n’est plus le même qu’à l’époque de mes grands-parents. Il n’est plus soumis au gouvernement. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » est complètement soutenu par les hommes iraniens, d’où sa force. Le peuple iranien aujourd'hui veut faire entendre sa voix, toutes classes sociales confondues, et il est prêt pour un gouvernement démocratique.

Quel regard votre famille porte-t-elle sur votre engagement ?

Ma famille a toujours été très engagée politiquement, mon petit frère de 13 ans relit même mes discours. Sans l’appui de mes parents, je ne pourrais pas porter ce combat. Ma mère est inquiète que mon action mette en danger notre famille, en Iran, mais ma colère est plus forte, je ne peux pas me taire. Nous n’avons pas toujours la même vision, mais au final, notre but est le même, puisqu’il a causé notre exil : la chute du régime islamique.

Et vous-même, vous sentez-vous en danger ?

Notre prise de risque est évidemment bien moindre que celle que prend le peuple à l’intérieur du pays, où il suffit d’un slogan sur un mur pour être arrêté. Ici, en France, nous pouvons militer, écrire, sans être inquiétés. Mais quand on crée une organisation dans le but avoué de faire chuter le régime islamique, oui, on se met en danger.

Qu’attendez-vous de la table ronde à laquelle vous allez participer au Conseil départemental ?

Nous serons quatre femmes iraniennes à porter la voix d’un peuple tenu au silence. Nous, nous pouvons crier leur difficulté à continuer à vivre en Iran. J'espère que les personnes présentes pourront réaliser le privilège que représente cette liberté de s'asseoir sur une chaise et de prendre la parole en public.