PORTRAIT

Jean-Paul Dubois, le Goncourt toulousain Publié le
Date de publication
19 janvier 2020

Jean-Paul Dubois
Jean-Paul Dubois, le Goncourt toulousain. (Crédits : Patrice Normand/Leextra)
Chapeau

Tous les hommes n’apparaissent pas à la fenêtre de chez Drouant de la même façon. Ce 4 novembre 2019, c’est le Toulousain Jean-Paul Dubois qui salue la foule des journalistes et du petit monde littéraire venue recueillir les premières paroles du Goncourt de l’année. L’étonnement, la joie, la placidité, la retenue. 

Corps

Le dimanche suivant, La Dépêche du Midi titrait «  Je suis bouleversé par la joie que diffuse le Goncourt. » Et la sincérité est de mise : « C’est inversement proportionnel à ce que je ressens, explique l’auteur quelques semaines après. Je suis assez froid vis-à-vis du prix, mais je suis profondément ému par la joie qu’il a diffusé pour plein de gens. Mais ce n’est pas une joie sociale ou économique, c’est une joie sincère d’avoir participé à ça. Je pense à ma maison d’édition, c’était quelque chose ! J’avais les larmes aux yeux, c’est tout petit, c’est comme une famille. Je pense à mes enfants qui ont organisé un repas dément avec 15 ou 16 plats qui étaient ceux que traverse le livre, c’est-à-dire des plats danois, toulousain, canadien, indien, etc. Voilà, ce sont des choses comme ça qui me touchent vraiment. Le prix en lui-même c’est un cadeau, mais ça ne change pas ma vie. » 

 

Du journaliste à l’écrivain

Cent ans après Marcel Proust, l’Académie Goncourt couronnait ainsi plusieurs décennies de travail débutées dans les pages sportives du quotidien Sud-Ouest, poursuivies au Matin de Paris puis au Nouvel Observateur et, enfin, prolongées par vingt romans. À son rythme, à sa façon, sur ici et les ailleurs. « Je suis content d’avoir réussi à gagner ma vie sans passer trop de temps à la perdre dans une société qui, à l’époque, le permettait. » Proust, il connaît pas ! « J’ai eu une chance inouïe de me faufiler dans cette époque où un patron m’a salarié pendant 20 ans pour raconter des histoires. Et non seulement il payait, mais il était content et en redemandait ! » Les prix arrivent ensuite pour Kennedy et moi (1996, France Télévisions) puis pour Une Vie française (2004, Femina et Fnac). « Je crois énormément aux hasards de la vie, à la bienveillance des moments qui font que ça tombe sur vous. Mais le reste aussi, les emmerdes, j’y crois aussi, je ne suis pas un bienheureux ! »

« Le prix en lui-même c’est un cadeau, mais ça ne change pas ma vie. »

 

Apprendre de chaque chose

Alors quand on écoute l’écrivain, on ne peut s’empêcher de repenser à Paul Sneijder qui, après un accident, jouit d’une acuité accrue sur la perception du monde (Le Cas Sneijder, 2011). On pense aussi à celle de Paul Blick dans Une Vie française, entouré d’une famille « déplaisante, surannée, réactionnaire, terriblement triste. » Alors que lui se marre et nous fait rire avec « des histoires de types lucides mais pas dépressifs » parce que « c’est un exercice de lucidité d’essayer d’apprendre de chaque chose, d’en tenir compte et de voir les choses telles qu’elles sont, ne pas se laisser raconter d’histoire, ne pas accepter les dogmes. » Qu’ils soient religieux ou politiques. Et puis, au final, « être au monde avec le respect de ce qui nous entoure, que ce soit des humains ou des animaux, la nature, être une chose parmi d’autres. »

 

« Je crois énormément aux hasards de la vie, à la bienveillance des moments qui font que ça tombe sur vous. »