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Biodiversité : le Département mobilise les « acteurs locaux »

Colloque "Biodiversité sur son 31", le 29 novembre

Pleinement engagé dans la sauvegarde de la biodiversité – au cœur de son plan environnement – le Conseil départemental a d’ores et déjà été au-delà des 40 engagements qu’il s’était fixé en 2015. Pour aller encore plus loin dans sa réflexion et mobiliser l’ensemble des parties prenantes, le Département a organisé le 29 novembre dernier le colloque « Biodiversité sur son 31 ». Plus de 450 personnes ont répondu présentes.

 

Dans un rapport publié le 6 mai dernier, le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) a dressé un état des lieux alarmant de la biodiversité de notre planète : pas moins d’un million d'espèces végétales et animales sont menacées d'extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies. « Il y a urgence à réagir pour préserver cette diversité et pour préserver l’existence de notre propre espèce », a indiqué Georges Méric, président du Conseil départemental, en préambule du colloque sur la biodiversité, organisé le 29 novembre en partenariat avec Haute-Garonne Environnement. Le Département est déjà à pied d’œuvre : gestion forestière raisonnée, "zéro phyto" sur l'ensemble de ses sites, inventaire des zones humides, sanctuarisation et valorisation de 1 000 hectares d'espaces naturels sensibles, installation de ruches sur plusieurs sites dont il est propriétaire, plantation de 1000 km de haies champêtres…

« Le Conseil départemental s’engage pour la transition écologique à travers un ambitieux plan environnement de 150 millions d’euros », précise Jean-Michel Fabre, vice-président en charge du développement durable.

L’alerte de Jean Jouzel

Avant de parler de solutions concrètes, la parole a été donnée au glaciologue et climatologue français Jean Jouzel, grand témoin de « la montée en puissance des problèmes environnementaux » depuis trois décennies. « Dans les années 80, on envisageait déjà un réchauffement climatique au milieu du XXIe siècle, a-t-il rappelé. Ce réchauffement, c’est la 3e cause de la perte de biodiversité, derrière les activités humaines et la prédation directe de certaines espèces. Si on ne fait rien pour lutter contre, il en deviendra la première cause. » Ayant lui-même participé au titre d’auteur principal aux 2e et 3e rapports du GIEC, il a appelé le public à « prendre au sérieux les projections » des spécialistes et a plaidé pour un passage immédiat à l’action.

 

Changer les choses

Il y a beaucoup à faire, mais le jeu en vaut la chandelle. Pascale Mahé, directrice de l’association Nature en Occitanie, l’a prouvé en dévoilant au public quelques photos des « joyaux de biodiversité en Haute-Garonne » : les dernières « vieilles » forêts (du côté d’Oô, de Luchon…), les zones humides (autour du château de Laréole…), les espaces agricoles riches en biodiversité, etc. Mais comment agir pour préserver ces espaces naturels menacés et leur biodiversité ? Jean Olivier, directeur de France Nature Environnement, a pris le relais pour donner des exemples d’actions concrètes (gestion forestière raisonnée, agro-écologie, lutte contre la pollution lumineuse, etc.). « Si on s’y met tous, on pourra vraiment changer les choses », a-t-il affirmé.

 

Des exemples en Haute-Garonne

L’après-midi, le partage d’expériences a été mis à l’honneur, avec un focus sur les communes de Saint-Privat de Vallongue et Grande-Synthe, lauréates du concours « Capitale française de la biodiversité », et la présentation d’initiatives inspirantes dans la région toulousaine (le potager sur le toit de la clinique Pasteur, le projet PastiGar pour mesurer la pollution plastique dans la Garonne, la construction d’une réserve de biodiversité à Polastron et la conversion bio d’une agricultrice à Latrape), qui pourront faire sans aucun doute des émules.

 

Réchauffement climatique, biodiversité : « Nous avons tous un rôle à jouer »

Le 29 novembre dernier, le climatologue et glaciologue français Jean Jouzel participait au colloque « Biodiversité sur son 31 » organisé par le Conseil départemental. L’occasion pour cet éminent scientifique de revenir et d’insister sur le lien étroit entre réchauffement climatique et érosion de la biodiversité.

Depuis votre thèse en 1968, vous travaillez sur les questions de réchauffement climatique. Diriez-vous que vous avez été un lanceur d’alerte avant l’heure ?

Lorsqu’on a assisté, comme moi, à la montée en puissances des problèmes environnementaux, on ne peut pas ne pas témoigner. Dès les années 80, en étudiant le contenu isotopique des carottes de glace prélevées en Antarctique et au Groenland, nous avons pu reconstituer les évolutions passées du climat et établir un lien avec les gaz à effet de serre. Et, en partant de ces données du passé, nous avons pu déterminer les évolutions futures. A l’époque, nous envisagions déjà un réchauffement au milieu du XXIe siècle, se traduisant notamment par des extrêmes climatiques (sécheresse, inondations, cyclones…) plus intenses et plus nombreux. Mais nous n’avons pas été pris au sérieux. Nous nous sommes alors dit que les gens ne prendraient conscience du réchauffement que lorsque ces changements seraient perceptibles. Personnellement, j’avais parié sur 2030… Nous y sommes presque. Quel temps perdu ! C’est la raison pour laquelle il faut prendre au sérieux les projections actuelles des spécialistes du climat : ils avaient déjà vu juste il y a 30 ans !

 

Selon le dernier rapport de l’IPBES (groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité), un million d’espèces sont menacées d’extinction, dont une grande partie dans les prochaines décennies. Quel rôle va jouer le réchauffement climatique dans cette érosion accélérée de la biodiversité ?

Si le réchauffement climatique n’est pas maîtrisé, il va exacerber la perte de biodiversité.

Quand certains experts évoquent aujourd’hui la possibilité d’une sixième extinction de masse (la dernière, qui a rayé de la carte des espèces entières dont celles des dinosaures, a eu lieu il y a 65 millions de l’année, ndlr), ils ne prennent même pas en compte le réchauffement climatique, qui est pourtant aujourd’hui la 3e cause de la perte de biodiversité et pourrait devenir rapidement, si l’on n’y fait pas attention, la première !

On sait par exemple qu’au-delà de 2° de réchauffement, l’ensemble des récifs coraliens tropicaux et équatoriaux, qui sont de véritables mines de biodiversité, vont être sérieusement affectés.

 

Quelles vont être selon vous les conséquences pour les êtres humains ?

Je n’aime pas parler d’effondrement. Mais si on ne change rien, on ne pourra pas espérer un développement harmonieux de nos civilisations. Celles-ci vont être sérieusement mises à mal. L’être humain a certes une capacité d’adaptation, mais il ne faut pas jouer avec. Il y a des conditions de températures et d’humidité au-delà desquelles on ne pourra plus vivre normalement dans certaines régions du monde (en Chine, notamment). Il est donc extrêmement important de tout mettre en œuvre pour rester autour de 1,5°-2° maximum de réchauffement.

 

À qui doit-on s’en remettre aujourd’hui pour espérer rester sous ce seuil ?

Nos sociétés sont appelées à changer. Pour parvenir à la neutralité carbone en 2050, il faut un profond changement de mode de développement. C’est l’affaire de tous, à tous les niveaux. La solution ne pourra pas être uniquement technologique, les innovations sociales et sociétales seront aussi essentielles. Par ailleurs beaucoup de décisions vont devoir être prises à l’échelle des territoires. Collectivités, associations, entreprises, acteurs de l’éducation, mais aussi chacun en tant qu’individu, nous avons tous notre rôle à jouer.

 

Page publiée le 03 décembre 2019 - vérifiée le 03 décembre 2019