PORTRAIT

« N’autre vie » : le regard sensible de Younès Farhi sur le handicap

Publié le 5 mai 2026
Temps de lecture : 3 min
© Aurélien Ferreira/CD31
Younès Farhi et les résidents de La Téoule

Dans le cadre de la 7e Semaine des cultures urbaines, le photographe toulousain Younès Farhi s’est immergé durant trois mois à « La Téoule », un habitat inclusif situé à Revel. Entre pudeur et complicité, il livre une série de clichés qui interroge notre rapport à la différence. Une exposition à découvrir à la Téoule du 28 mai à la fin juin 2026.

Entre février et avril 2026, une silhouette discrète a arpenté les locaux de La Téoule à Revel. Ce lieu atypique, qui regroupe un tiers-lieu et un habitat inclusif, accueille des résidents en situation de handicap lourd dans un environnement ouvert sur la vie locale. Cette silhouette, c’est Younès Farhi, photographe originaire de Montgiscard. Au cours de cette résidence de création, il a immortalisé le quotidien des locataires. Il y a huit ans, cet ancien du milieu du rap toulousain a troqué les bombes de peinture pour un appareil photo. Très influencé par la rue, il a d'abord photographié les dessous des concerts, tournant son appareil vers les publics (il a d’ailleurs exposé au Zénith ou au Métronum) mais aussi celui des Gilets Jaunes.

C’est sa capacité à « distordre le réel » par le jeu des ombres et des matières, ainsi que sa précédente immersion auprès de malades d’Alzheimer en 2025 (« Je suis là » avec la Fondation Marie-Louise), qui ont attiré l’attention de la Direction des Arts vivants et visuels du Conseil départemental. Un projet déjà porté par son association Air de Zoo.

Capter l’essentiel

À La Téoule, le défi était de taille : photographier des personnes dont le handicap limite souvent la communication verbale. Sa méthode ? Se fondre dans le décor. Entre les moments forts — comme la préparation du carnaval ou de la chasse au trésor avec des usagers du Centre communal d’action sociale de Revel — et les longues minutes silencieuses dans les espaces de l’habitat partagé, l’artiste a su se faire oublier pour mieux capter l’essentiel.

« On se comprend par les gestes, par le regard », confie-t-il avec tendresse. Dans ce lieu qu’il décrit comme une oasis de quiétude malgré les souffrances, il a d’ailleurs tissé des liens forts avec ses modèles, d'Oussama à Christelle, en passant par Adrien, Simon, Sophie ou Flo.

Fidèle à l'esprit de la Semaine des cultures urbaines, ce projet ne se limite pas à la photographie pure. Sous l’impulsion de Younès Farhi et de l’artiste plasticien Kali, les résidents ont pris part au processus créatif. Deux clichés ont été retravaillés collectivement : à l'aide de bombes, de pochoirs et de peinture acrylique, les locataires ont transformé la photo en œuvre d'art urbain.

Pour certains, comme Simon, Adrien ou Oussama, l'expérience a été une véritable révélation créative, permettant de dépasser les peurs et de libérer une expression graphique spontanée.

Pilotée par le Conseil départemental de la Haute-Garonne, cette action s'inscrit dans une politique volontariste visant à visibiliser le handicap et à soutenir les nouveaux modèles d'habitat inclusif. En finançant cette résidence, la collectivité réaffirme également son soutien aux artistes du territoire tout en favorisant l'accès à la culture pour tous.

La vingtaine de clichés produite sera dévoilée au public lors du vernissage le 28 mai et visibles au tiers-lieu La Téoule jusqu’à fin juin 2026.