DOSSIER
MDS Borderouge
La MDS de Borderouge a ouvert ses portes le 28 novembre 2018.

MDS de Borderouge : un nouveau service public près de chez vous Publié le
Date de publication
28 novembre 2018

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Alors que leur population ne cesse de croître, les quartiers nord de Toulouse - Lalande, Grand Selve, Croix-Daurade, Gramont, Borderouge et le quartier prioritaire des Izards – voient émerger nombre de problématiques sociales, appelant parfois des réponses urgentes. Depuis son ouverture le 3 avril 2018, la Maison des solidarités ne désemplit pas.

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Chef de file de l’action sociale, le Conseil départemental réorganise depuis janvier 2018 la présence de ses services sociaux de proximité sur son territoire afin de mieux répondre aux besoins et attentes des habitants et poursuit son développement des Maisons des solidarités, actuellement au nombre de 23. Cette nouvelle structure implantée à Borderouge a ouvert ses portes au printemps dernier, afin de répondre à l’essor démographique particulièrement important dans ce quartier toulousain.

« Borderouge est en pleine mutation et accueille chaque année de nombreux arrivants. Nous devons accompagner l’évolution de ce quartier en implantant de nouveaux services publics, au plus près des populations et notamment des plus fragiles. »

Georges Méric, Président du Conseil départemental

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Affluence devant le 4 de la rue Françoise d’Eaubonne, à deux pas de la station de métro Borderouge. Au vu de la ribambelle de poussettes et de landaus qui stationnent devant la porte vitrée, l’ambiance au coeur de la MDS devrait s’animer d’ici quelques minutes. Il est 8h30, Patricia, secrétaire et agent d’accueil, est déjà en poste derrière le comptoir : « Aujourd’hui, comme tous les jeudis, la consultation à la Protection maternelle infantile (PMI) se fait sans rendez-vous, explique-t-elle. Et c’est l’ordre d’arrivée qui détermine l’ordre de passage. »

Les portes s’ouvrent, la douzaine de mamans – et quelques papas – s’engouffrent dans le bâtiment et se dirigent vers l’accueil. Une fois enregistrés, ils bifurquent à droite vers la salle d’attente dédiée : une pièce accueillante, où les jeux et les livres attendent les enfants. Hawa, 21 ans, installe son landau à côté d’elle :

Reportage MDS Borderouge
Les consultations PMI sont gratuites.
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« Aujourd’hui, c’est la visite du troisième mois pour ma fille, dit-elle. Je viens ici depuis ma sortie de maternité, c’est pratique, c’est à côté de chez moi et on est bien accueilli. »

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Ce matin, la fille d’Hawa sera vue par la puéricultrice, puis par le médecin de PMI, c’est le circuit « normal » du jeudi matin. Une aubaine pour les habitants qui peinent à trouver des professionnels disponibles. La PMI n’est toutefois qu’une des quatre missions de la MDS. Les trois autres sont la « polyvalence de secteur », l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et l’action médico-sociale en direction des personnes âgées et/ou personnes en situation de handicap. De quoi répondre à de nombreuses problématiques, à condition d’en cerner les contours.

« Parfois, la demande des gens est tellement vaste qu’il faut faire preuve d’un sens de l’écoute aigu pour saisir leurs besoins et bien les orienter »

remarque Patricia.

Savoir se montrer pédagogue aussi, et diplomate, lorsque le désespoir domine. « Il arrive qu’on nous réclame une réponse immédiate, mais nous sommes obligés de hiérarchiser les urgences et de poser un cadre si l’on veut être efficace. »

Reportage MDS Borderouge - PMI
La PMI est une des missions de la MDS.
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À quelques mètres de Patricia, Serge, agent de prévention et de médiation, veille à ce que l’ambiance demeure sereine malgré tout : « Mon rôle est d’aider, d’orienter et, lorsque quelqu’un perd son sang-froid, de l’aider à retrouver le calme. » Pour l’heure, point de tensions. Dans la grande salle d’attente en face de l’entrée, celle où patientent les différents « rendez-vous », Zainaba, 32 ans, a pris place avec sa mère et sa fille âgée de deux semaines. Katia, assistante de mission et instructeur du Fonds de solidarité logement (FSL), franchit la porte et les invite à la suivre dans une petite salle à l’autre bout du couloir. Comme dans l’ensemble du bâtiment, la lumière inonde la pièce. Zainaba explique sa situation : « On vient d’arriver à Borderouge, on y est bien, mais les loyers sont trop chers ». Katia recense les documents nécessaires pour monter le dossier. Bientôt, une aide sera apportée à la jeune femme pour financer son dépôt de garantie, sa caution et peut-être son assurance habitation.

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Pendant ce temps, à l’étage, les référents de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont en réunion pour faire le point sur les situations en cours. « Lorsqu’une information préoccupante « tombe » – une information selon laquelle un mineur subit possiblement une maltraitance – nous réalisons une évaluation, explique Lucie, assistante sociale. Une assistante sociale et une puéricultrice (ou une autre assistante sociale) sont mandatées pour évaluer le danger, en lien si possible avec la famille, l’école (etc.), puis réfléchir à un projet d'accompagnement partagé avec la famille (une mesure d’aide éducative ou, quand la situation l’exige, un placement). » Forts de cette évaluation, les autorités (le juge, le parquet, la cellule de recueil des informations préoccupantes) prennent une décision. Charge ensuite aux référents ASE de la mettre en oeuvre... Une « activité » particulièrement prégnante à la MDS de Borderouge, qui fait partie des MDS dont le nombre d’évaluations dans le cadre de l’enfance en danger est le plus important.

Reportage MDS Borderouge - ASE
Les équipes de l'ASE se réunissent chaque semaine.
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La MDS Borderouge en chiffres

  • 3 000 personnes accompagnées par les assistants sociaux

  • 1 800 personnes rencontrées par l'équipe de la Protection maternelle et infantile (PMI)

  • 130 personnes accompagnées par l'équipe de l'Aide sociale à l'enfance (ASE)

  • 43 agents

MDS Borderouge en chiffres
MDS Borderouge
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Il est 14 heures passé, de nouveaux usagers ont pris place dans la grande salle d’attente. C’est aussi le début des permanences téléphoniques, ce qu’on appelle « les plages d’accueil social », précise Lucie.

« Après un premier appel pour exposer leur situation, les usagers peuvent être rappelés par une assistante sociale de permanence, note-t-elle. L’idée est d’écouter la problématique de la personne – est-ce un problème financier ? Un problème d’hébergement ? Une question de santé ou de violence ? – et de lui apporter une première réponse. »

L’informer s’il s’agit, par exemple, d’une démarche administrative à effectuer, prévoir un rendez-vous avec une assistante sociale si un accompagnement s’impose ou l’orienter vers un partenaire extérieur, institutionnel ou associatif, si l’on ne peut répondre à sa situation…

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Depuis son ouverture il y a un an, la typologie des usagers se précise de jour en jour. Un public plutôt jeune, seul ou en couple, avec ou sans enfants, nouvellement installé. Un public souvent précarisé dont les problématiques sont plurielles. D’où l’intérêt d’un équipement de proximité, facilement accessible et qui s’inscrit dans un réseau partenarial très dense. Bientôt d’ailleurs, des permanences de partenaires s’organiseront au coeur même de la MDS, afin d’apporter aux usagers des réponses complémentaires. Par exemple : la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), l’association Clémence Isaure – pour la prévention et le soin des addictions – ou encore l’Éducation nationale. Des partenaires qui sont invités à utiliser des bureaux, à la demande, voire la salle de réunion de 150 m2. Avec l’arrivée prochaine (fin 2019) de l’une des cinq DTS (Direction territoriale des solidarités), c’est sûr, à la MDS de Borderouge, l’activité n’est pas près de flancher…

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L'équipe en chiffres

  • 13 agents administratifs

  • 17 assistants sociaux polyvalents

  • 5 référents Aide sociale à l'enfance (ASE)

  • 4 puéricultrices

  • 2 psychologues

  • 1 médecin de Protection maternelle et infantile (PMI)

  • 1 Technicien d'intervention sociale et familiale (TISF)

 

Equipe MDS Borderouge en chiffres
L'équipe de la MDS Borderouge.
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Anne-Sophie Fauré, responsable de la MDS de Borderouge

À la tête d’une équipe de 45 professionnels, la responsable de la MDS de Borderouge coordonne le déploiement des missions sociales du Département sur son territoire. Tout en veillant à la bonne intégration de la MDS dans la vie sociale locale. Interview.

Anne-Sophie Fauré
Anne-Sophie Fauré, responsable de l'établissement.
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En tant que responsable, quel est votre rôle au quotidien ?

Organiser l’accueil du public, la répartition des tâches et l’accompagnement des équipes. L’objectif : faire vivre une transversalité entre nos différentes missions de manière à assurer une prise en charge globale des usagers. Mon rôle est aussi de faire en sorte que la MDS devienne un acteur du territoire, en nouant des partenariats avec d’autres acteurs du monde social, pour des échanges de pratiques ou le développement de projets communs. Une mission que la territorialisation, c’est-à-dire la réorganisation de l’action sociale sur le territoire souhaitée par le Département, viendra renforcer.

En quoi la « territorialisation » va-t-elle modifier votre action ?

Nous allons pouvoir nous adapter encore davantage aux réalités territoriales. En effet, tout en restant cohérents avec la stratégie départementale, nous allons gagner en autonomie d’action, tant vis-à-vis du public que des partenaires. Le quartier de Borderouge, par exemple, est un quartier en plein développement, qui accueille nombre de nouvelles populations, dont certaines en proie à une grande précarité. Il y a des problématiques d’hébergement, des difficultés financières, des situations de violence conjugale. Ceci appelle un certain nombre de réponses de terrain, tandis que d’autres MDS font face à d’autres problématiques.

Le bilan que vous tirez au bout d’un an ?

Au vu de notre fréquentation en progression constante, le premier élément notable est que l’ouverture de la MDS était attendue ! D’ailleurs, nous le constatons au quotidien : nous sommes un équipement bien identifié par le public et sollicité à bon escient. Compte-tenu de cette légitimité, nous avons d’ailleurs décidé de lancer une démarche de projet social de territoire, soutenue par les deux conseillers départementaux du canton Marie-Claude Farcy et Vincent Gibert. L’idée : réaliser un diagnostic du territoire partagé avec les partenaires et les habitants, puis définir des axes de travail prioritaires.

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Caroline Montpagens, 35 ans, infirmière-puéricultrice

« Mon rôle est d’intervenir auprès des familles ayant un enfant de moins de 6 ans. En PMI, notre travail se concentre sur le soutien à la parentalité, c’est-à-dire l’accompagnement des familles avec des actions de prévention, de dépistage et de protection. Nous sommes au contact d’un public très hétéroclite, avec des demandes variées.

Caroline Montpagens
Caroline Montpagens, infirmière-puéricultrice.
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Concrètement, nous assurons des « temps d’accueil PMI » pour un suivi des tout-petits – on évoque le sommeil, l’alimentation, les modes de garde, etc. – et des « temps de consultation », en binôme avec un médecin, pour suivre le développement de l’enfant. Nous nous déplaçons également à domicile, notamment lorsqu’il y a dans une famille un critère de vulnérabilité : une grande précarité financière, un handicap, un enfant né prématuré, etc. Nous effectuons aussi les bilans pour les enfants de 3-4 ans dans toutes les écoles maternelles du secteur en lien avec le médecin de PMI. Enfin, nous avons la responsabilité des missions d’évaluation des agréments « assistantes maternelles » et « assistants familiaux », ainsi que les évaluations relatives « informations préoccupantes » quand un enfant de moins de 6 ans est concerné. Nos missions sont très variées, c’est passionnant ! »

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Lucie Moreau, 30 ans, assistante sociale

« J’ai commencé ma carrière en MDS il y a six ans. Au quotidien, mon rôle est d’accueillir les usagers, comprendre leur demande, les conseiller, les orienter et si besoin, leur proposer un accompagnement. Un autre versant du métier est l’évaluation des informations préoccupantes, que ce soit pour des mineurs en danger ou pour des personnes adultes vulnérables (une femme enceinte, une personne âgée ou en situation de handicap).

Lucie Moreau
Lucie Moreau, assistante sociale.
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Nous recevons régulièrement des signalements : par exemple, un médecin nous appelle pour nous alerter sur la situation de telle personne qui semble en difficulté. Notre travail est alors de « creuser » pour identifier le besoin, l’évaluer et nous assurer qu’il n’y a pas d’autres problématiques derrière la problématique « apparente » : par exemple, une situation de violence ou de maltraitance derrière un problème d’hébergement. Ce qui me plaît dans ce métier, c’est le contact humain et la diversité des situations que l’on rencontre : aucune journée ne ressemble à la précédente car chaque cas est unique. Parfois c’est difficile, car il y a des problématiques très lourdes, mais ça fait partie du métier : il faut faire preuve d’empathie, mais ne pas amener les problèmes chez soi, lorsque la journée de travail se termine. »

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Patricia Schmitt, secrétaire et agent d'accueil

« Mon travail, que j'exerce depuis huit ans, s’articule autour de l’accueil, la permanence téléphonique et le secrétariat administratif auprès des assistantes sociales. Je suis également instructeur RSA, ce qui consiste à instruire la demande des usagers pour permettre un examen de leur droit.

Patricia Schmitt
Patricia Schmitt, secrétaire et agent d'accueil.
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Depuis peu, je suis chargée avec un autre agent de la MDS, du poste informatique ouvert dans la salle d’attente principale : l’idée est d’accompagner les usagers qui en font la demande. En effet, bien que la majorité des démarches administratives soit aujourd’hui dématérialisée, certaines personnes sont dans l’incapacité de se servir d’un ordinateur : la fameuse fracture numérique ! Certains arrivent avec une clé USB et utilisent le scan, mais d’autres n’ont aucune expérience informatique. Hier, une dame venait d’apprendre que le timbre fiscal pour sa carte de naturalisation était désormais électronique, et elle était complètement perdue... Je suis heureuse de travailler en MDS, les rencontres y sont riches et variées. Elles demandent une connaissance des partenaires et nécessitent un sens aigu du service public. »

MDS Borderouge : interview croisée
"On essaie de trouver des solutions ensemble."
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Lila (le prénom a été modifié), 42 ans, fait partie des usagers réguliers de la MDS. Jade Debaud est éducatrice de jeunes enfants (EJE) et membre de l’association Enfance toute culture (ETC), partenaire de la MDS. Toutes deux échangent régulièrement dans la salle d’attente de la PMI.

Comment avez-vous fait connaissance ?

Lila : Je suis venue à la MDS de Borderouge dès l’ouverture en avril 2018 pour les premiers vaccins de ma dernière fille, mon cinquième enfant, qui est née en janvier 2018. À ce moment-là, dans la salle d’attente des consultations, j’ai rencontré une éducatrice de jeunes enfants, une collègue de Jade. Mais depuis cet été, c’est avec Jade que j’échange chaque fois que je viens.

Jade : En effet, j’ai pris mon poste en juillet ! L’association Enfance toute culture que je représente est présente à la MDS tous les jeudis matins, lors de la consultation sans rendez-vous, à la demande du médecin de PMI et de la puéricultrice. J’ai une fonction d’accueil, d’écoute des familles et de gestion du collectif dans la salle d’attente. Parfois, il y a beaucoup d’enfants, et je fais de l’animation pour que tout se passe au mieux. Quand c’est plus calme (comme aujourd’hui), je vais rencontrer les gens individuellement. Je leur dis que je suis disponible et que s’ils ont besoin d’échanger sur des questions liées à leur enfant, je suis là.

 

Quels sujets abordez-vous ensemble ?

Lila : Mes enfants aiment beaucoup regarder la télé. À un moment donné, j’étais inquiète car mon fils de 4 ans avait des problèmes de langage, sa maîtresse d’école m’avait alertée. Je me demandais si la télé y était pour quelque chose. Et puis nous parlons deux langues à la maison, alors je me suis dit que c’était peut-être ça qui provoquait des difficultés.

Jade : Lila m’a confié ses interrogations. Je sais que tout cela la questionne et qu’elle aimerait trouver une solution pour que ses enfants passent moins de temps devant la télé. On a essayé de réfléchir ensemble à ce qu’elle pouvait mettre en place en termes d’organisation :par exemple, proposer des jeux à ses enfants ou d’autres activités en dehors de la télé pour réduire cette consommation.

Lila : Aujourd’hui ça va mieux, mon fils a fait des progrès et mes enfants regardent moins la télé. Le matin, c’est interdit, et dans la journée, lorsque c’est trop, je l’éteins.

" On essaie de trouver des solutions ensemble."

 

Quels autres types d’échanges avez-vous ?

Lila : Certains de mes enfants sont un peu jaloux de ma petite dernière, ça aussi, j’en ai parlé avec Jade.

Jade : Vos enfants aimeraient avoir plus de temps avec vous, mais ce n’est pas facile. Il y a la petite dernière, la maison dont il faut s’occuper. Pour vous du coup, ce temps à la MDS, c’est une sorte de parenthèse dans le quotidien.

Lila : Oui, c’est agréable de discuter, de voir les enfants jouer ensemble, de leur montrer des livres.

Jade : D’ailleurs, dans une petite heure, une bibliothécaire de la bibliothèque Croix-Daurade viendra lire des histoires aux enfants. Vous serez peut-être encore là pour en profiter…

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